La réforme du collège : plaidoyer en faveur d'une jeune ministre, image d'une nouvelle Simone Veil

Un débat surréaliste

Nous avons assisté jeudi 20 mai 2015 sur la chaîne iTélé à un débat surréaliste entre Najat Vallaud-Belkacem, défendant le projet déjà adopté d'une réforme du collège, et Bruno Le Maire, un opposant de ce projet et dirigeant politique appartenant à l'UMP. Ce dernier précise d'entrée qu'il est venu parler en son nom personnel sur le sujet avec l'appui de ses propres thèses et seules idées qu'il avait d'ailleurs largement médiatisées. Il aurait donc réussi à lui seul à obtenir le droit d'un échange avec une ministre qui elle représente un gouvernement. Bravo !Mais quand on lui pose la question de savoir, si au cas où sa famille politique revenait au pouvoir, est-ce que cette réforme serait abrogée : il répond sans hésitation par l'affirmative. Comme disent les élèves : "J'ai rien compris Monsieur !". Voilà plusieurs semaines que la jeune ministre de l'Education nationale, issue de la diversité et qui a gravi tous les échelons politiques pour aboutir à cette consécration louable de première femme à ce poste, se trouve en première ligne de l'actualité confrontée à une fronde aussi injustifiée que misogyne. Tout ceci se double parfois d'attaques directes ou indirectes sur ses origines. Notamment l'allusion sur le contenu de la réforme concernant le programme de l'enseignement de l'histoire pour lequel elle serait accusée, avec des mots à peine couverts, de favoriser l'étude de l'Islam et de la civilisation musulmane au détriment des autres religions. Nous y voilà ! Rien moins que ça ! C'est comme dans l'affaire Dreyfus, de par ses origines, il ne pouvait qu'être coupable, forcément coupable et dégradé.

Une ministre solide et méritante

Pourtant NVB est une ministre qui fait honneur à sa fonction obtenue par le mérite que permet encore notre République et non par une nomination tacticienne ou par complaisance et de plus elle n'est entachée d'aucune affaire. Rappelons-nous la nomination de Mme Rachida Dati au poste de ministre de la Justice car, selon M.Sarkozy, "avec père marocain et mère algérienne, pour parler de la politique pénale, ça avait du sens". Et aussi celle de la secrétaire d'Etat, d'on ne sait plus quoi, Mme Fadela Amara transfuge de la gauche à Sarkozy et dont on ne comprenait ni le discours ni les idées. Et la ministre de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui, écartée du gouvernement pour des déboires en justice de déclaration de patrimoine.  Et le secrétaire d'Etat aux anciens combattants, M. Kader Arif, obligé de démissionner suite à une perquisition de son bureau pour les besoins d'une enquête à son sujet. Il siège toujours sans grande utilité à l'Assemblée nationale. Et la démission forcée du "conseiller" et "ami personnel" de M. Hollande M. Faouzi Lamdaoui. Celui qui comme un enfant gâté réclamait son pain au chocolat aux policiers chargés de sa protection suite à de prétendues menaces. Et tous ces élus venus de la diversité, postes facilités par leur parti, qui siègent soit à l'Assemblée nationale, au Sénat ou encore au Parlement Européen ? Qui les entend ? Sont-ils porteurs de projets de loi ? Ont ils proposé des amendements ? Les voit-on participer aux débats dans ces institutions ? Qu'apportent-ils concrètement ? Ils sont pratiquement inexistants dans toute réflexion de société, pourquoi ? Où étaient-ils pendant l'affaire Charlie ? Que proposent-ils dans l'interrogation de la réorganisation de la représentativité de l'islam en France ? Peut être que pour eux tout va bien.  N'ont-ils rien à dire ou à écrire sur l'errance des jeunes dans les quartiers par exemple ? Sur le racisme, les discriminations ? Quel est leur discours politique ? On aimerait bien les entendre et comme leur silence est étrange.

Mais arrêtons-là la liste et tout ce beau monde ne peut être comparable à la probité qui habite Mme Najat Vallaud-Belkacem qui exprime avec maîtrise ses idées politiques et qui n'est pas adepte de palabres d'artifice. Dans les médias, au Parlement et même contre des gens de son parti, elle reste déterminée à mener à bien le projet de réforme du collège dont elle connaît le dossier. Elle résiste devant cette accumulation de critiques, venue de personnes prétendument "spécialistes" qui en ont fait un principe d'opposition sans apparemment avoir bien étudié le texte qui est proposé. Toute réflexion quelle qu'elle soit sur le savoir, sur les disciplines enseignées et même sur le comportement des élèves apparaîtra équivoque à certains et incomplète à d'autres. La réussite de cette femme dans son parcours politique elle ne le doit qu'à sa volonté et à son intelligence ainsi qu'à la vivacité de son esprit quand bien même son élégance et son sourire y auraient contribué. Heureusement pour elle, tous ces atouts ne semblent pas l'abandonner dans cette dure épreuve où elle semble bien seule hormis les soutiens tardifs du Président et du Premier ministre.

À l'exemple de Mme Simone Veil

Nommée récemment à ce ministère de l'Education nationale, elle ne fait qu'accompagner et porter une réforme amorcée bien avant son arrivée et qui fut travaillée et préparée  durant des mois et des mois du temps de ses prédécesseurs. Ce travail fut entrepris ultérieurement par une institution de la République chargée des programmes scolaires qui est le Conseil Supérieur des Programmes et où siègent toutes les composantes de la communauté éducative, toutes les collectivités et toutes les tendances politiques. C'est donc bien un mauvais procès que l'on fait à Mme Najat Vallaud-Belkacem. Aussi pourquoi lui reproche-t-on de présenter et de faire adopter cette réforme ?Tout d'abord, elle n'est en rien responsable de cette réforme mais elle a le courage d'assumer ses fonctions et sa mission en la défendant car elle est convaincue que la situation difficile du collège aujourd'hui mérite qu'on tente des solutions de changement. Ensuite, tous ces hommes qualifiés un peu trop facilement et trop précipitamment de "philosophes" devraient plutôt être fiers de cette jeune femme qui ne fuit pas le débat et qui a le courage de terminer un travail antérieur sans se débiner. On pourrait comparer l'épreuve qu'elle est en train de vivre, et dans laquelle même ses enfants ne sont pas épargnés, au combat de Mme Simone Veil bien seule elle aussi ayant subis des charges identiques politiques et médiatiques dans les années 70. Encore une fois, ce gouvernement, qui ne réussit pas grand chose, à au moins le mérite d'avoir donné une grande charge ministérielle à une jeune politique qui est le produit de l'enseignement public et laïc, qui en connaît les problèmes, les obstacles et les réussites.

Une femme qui assume avec courage et détermination une réforme nécessaire  

Pour NVB cette réforme répond au besoin d'un traitement égalitaire des enfants et elle s'inscrit dans le cycle de l'évolution de la société qui a besoin de mener vers l'excellence l'ensemble des élèves. C'est ambitieux et elle n'ignore pas que c'est un vaste projet. Au lieu de se jeter aveuglement et par ressentiment dans la dénonciation stérile de cette réforme, beaucoup gagneraient à la soutenir dans cette tâche combien difficile mais qui ne peut qu'être salutaire pour nos enfants quitte à y revenir plus tard. En réalité, c'est un défi qui s'impose à tous et qui peut mieux le tenir si ce n'est ce genre de femme sortie avec réussite du système scolaire dont elle a côtoyé toutes les embûches ?Aucune réforme ne sera parfaite et personnellement étant de cette profession depuis de très nombreuses années, j'en ai connu un certains nombre et aucune n'était satisfaite. Dans l'Education nationale il y a une floraison d'idées et ces dernières pourraient être la source de nombreux textes concurrents ou complémentaires, c'est-à-dire une infinie de variétés de projets. Mais que peut faire une ministre, représentante d'une nouvelle génération, si loin d'être soutenue elle est plutôt isolée et attaquée fort injustement de toutes parts dans une société convaincue d'immobilisme.

Agir pour l'avenir des élèves

Il importe, au-delà de toute polémique, d'agir pour le devenir de nos élèves en s'efforçant d'oeuvrer sans opposition systématique pour des réformes toujours renouvelées afin de les adapter aux attentes et aux aspirations de nos jeunes et de notre temps. Ayons le courage de taire nos divisions et aidons notre ministre à réussir ce difficile changement car la réforme du collège est nécessaire et nous n'avons pas le luxe de rester impassible ni résigné devant les enjeux et les retards constatés. Allons de l'avant et on corrigera dans le temps les imperfections qui certes ne manquent pas mais ça ne sera pas pire en appliquant cette réforme. Ne donnons pas un autre spectacle aux élèves que celui du souci de leur réussite face aux tentations de toutes sortes qui pullulent dans le multimédia et qui tirent nombre d'enfants vers le bas. Nous avons des jeunes, comme je l'ai constaté tout au long de ma carrière, qui ont du talent et des compétences mais qui ont besoin en plus de l'instruction d'entendre un discours qui les rassure, qui les met en confiance. Nous avons l'obligation de les pousser vers plus de réussite en dissipant ce sentiment rencontré bien souvent, même chez les bons élèves, de la peur de la difficulté, de la peur d'envisager les classes préparatoires, de la peur de s'engager vers les grandes écoles...etc.  Nous avons un formidable système éducatif qui ne demande qu'à s'adapter aux nouveaux défis, notamment les sciences innovantes et technologiques, à nous d'y répondre dans l'intérêt des futurs citoyens tout en maintenant bien entendu les fondamentaux. Et surtout de toujours enseigner les valeurs qui font la grandeur de la France et que nous ont transmis les Lumières et les générations précédentes.  

Chérif LounèsMembre de l'Education nationale

En vidéo sur le même thème : La réforme du collège "va nous permettre de sortir d'un statu-quo qui n'était plus tenable", juge Najat Vallaud-Belkacem 

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