Face à la grève des médecins, la reculade du gouvernement

Publié par Matthieu Chauvin
le 16/01/2026
Médecin en colère
Istock
Suite à dix jours consécutifs de grève des médecins libéraux, le gouvernement a annoncé par la voix de Stéphanie Rist le retrait de deux mesures phares. Le projet d'encadrer les prescriptions d'arrêts maladie et la possibilité de fixer unilatéralement les tarifs médicaux sont abandonnés. Une victoire pour la profession après ce bras de fer.

Ce mardi marque la fin officielle d'un bras de fer tendu entre l'exécutif et le corps médical. Après un mouvement social de dix jours, du 5 au 15 janvier, les syndicats de médecins libéraux ont obtenu gain de cause sur leurs principales revendications. Lors de réunions bilatérales, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a confirmé l'abandon de dispositions jugées inacceptables par la profession.

Si le ministère tente de minimiser le revers politique en affirmant qu'il ne s'agit "pas d'un recul mais d'une écoute des médecins" visant à "recréer une confiance", comme l'a déclaré la ministre sur France Inter, les faits sont là : les textes controversés seront amendés ou non appliqués. Pour les patients, ce dénouement a des conséquences directes sur l'organisation des soins et la tarification future des consultations.

Fin de la "mise sous objectif" des arrêts

Le point de crispation majeur concernait la procédure de "mise sous objectif" (MSO). Cette mesure, inscrite dans le projet de loi de lutte contre la fraude sociale, visait à imposer des objectifs chiffrés de réduction de prescription aux praticiens jugés trop généreux en arrêts de travail. Ce retrait a été accueilli avec soulagement par les syndicats, qui dénonçaient une logique comptable au détriment du soin.

Franck Devulder, président de la CSMF, avait qualifié ce dispositif de véritable "casus belli", estimant qu'il remettait en cause l'indépendance professionnelle et assimilait les médecins à des fraudeurs potentiels. Le gouvernement s'est donc engagé à déposer un amendement de suppression de cet article. En parallèle, une mission d'accompagnement sera lancée pour améliorer la transparence du système, tout en gardant en tête les enjeux de la maîtrise des dépenses d'arrêts de travail, dont le coût pour la Sécurité sociale atteint désormais 11 milliards d'euros avec une progression moyenne de 6 % par an se.lon Public Sénat

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Des tarifs négociés et non imposés

L'autre avancée significative concerne la fixation des prix des consultations. La crainte des praticiens résidait dans l'application possible des articles 77 et 78 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026) comme le rappelle Le Parisien. Ces textes offraient la possibilité aux autorités sanitaires de définir unilatéralement les tarifs des actes médicaux en cas d'échec des négociations conventionnelles. Une contrainte que les syndicats refusaient catégoriquement.

La conséquence de la non-application de l'article 78 du PLFSS est immédiate : le gouvernement renonce à passer en force. Les tarifs médicaux ne pourront être modifiés que par la voie du dialogue social. Le Dr Jérôme Marty, président de l'UFML (Union Française pour une Médecine Libre), a salué ces annonces, évoquant selon What's Up Doc une "victoire quasi-totale" pour la profession.

Votre parcours de soin préservé

Pour le patient, ce retour au calme permet d'éviter une rupture du contrat social médical. La suppression de l'objectif de réduction de prescription d'arrêts maladie signifie que votre médecin ne sera pas sanctionné financièrement s'il estime que votre état de santé nécessite un repos prolongé, préservant ainsi la qualité de la prise en charge clinique plutôt que statistique.

De plus, le rétablissement du dialogue avec les médecins généralistes garantit que l'évolution du prix de la consultation (actuellement à 26,50 euros pour les généralistes) restera encadrée par une convention nationale discutée entre l'Assurance maladie et les syndicats, et non décidée arbitrairement par décret. Ce maintien du modèle conventionnel assure une certaine stabilité des tarifs de remboursement pour les usagers.

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