Grève des médecins : les 5 mesures explosives du budget Sécu qui paralysent la France
C’est une image rare : des salles d’attente désertes un lundi matin en plein hiver. Depuis ce 5 janvier 2026, la médecine de ville est à l'arrêt. Le mouvement, prévu pour durer dix jours, s’annonce comme l’un des plus suivis de la décennie. Si vous aviez prévu une consultation, vous avez probablement trouvé porte close ou reçu un message d’annulation.
Ce « shutdown » sanitaire n'est pas un simple mouvement d'humeur. Il est la réponse radicale d'une profession qui se sent attaquée dans ses fondements mêmes par la nouvelle Loi de Financement de la Sécurité sociale (LFSS). Un front syndical uni, allant des généralistes aux spécialistes de bloc, dénonce une dérive vers une « médecine administrée » où le comptable prendrait le pas sur le soignant. Planet fait le point sur les cinq lignes rouges franchies par le gouvernement aux yeux des praticiens.
Un mouvement d'une ampleur inédite
L'unité affichée par les syndicats (CSMF, FMF, SML, Avenir Spé) est le premier signal d'alarme. Habituellement divisées, les organisations font bloc pour soutenir les médecins libéraux en grève du 5 au 15 janvier. Selon les estimations rapportées par Le Parisien, le taux de grévistes pourrait avoisiner les 85% dans certaines régions. Cette mobilisation massive paralyse non seulement les cabinets de quartier, mais aussi les cliniques privées, où de nombreuses opérations non urgentes sont reportées sine die.
1. La « mise sous tutelle » des arrêts maladie
C’est sans doute la mesure qui a le plus cristallisé la colère dans les cabinets. Dans une optique de réduction des coûts, le gouvernement a serré la vis sur les indemnités journalières. Concrètement, la LFSS instaure un plafonnement strict : désormais, un médecin traitant ne peut plus prescrire un arrêt de travail initial de plus de 30 jours. Quant aux renouvellements, ils sont plafonnés à deux mois.
Pour les pouvoirs publics, il s'agit de lutter contre les abus. Pour les soignants, c'est une négation de leur expertise médicale. Comment traiter un burn-out sévère ou une pathologie lourde avec un chronomètre en main ? Les syndicats dénoncent une mesure qui oblige le patient à revenir consulter tous les mois uniquement pour de l'administratif, surchargeant inutilement des plannings déjà pleins à craquer. C’est tout le cadre des règles de prescription d'un arrêt de travail qui se trouve bouleversé, transformant le médecin en guichetier de la Sécu sous surveillance constante.
2. Le traumatisme de la sanction DMP
La confiance est rompue sur le terrain du numérique. Le texte initial du budget prévoyait une mesure punitive d'une rare violence symbolique : une amende pouvant atteindre 10 000 euros par an pour les médecins n'alimentant pas systématiquement le Dossier Médical Partagé (DMP). Si le gouvernement voit dans le DMP un outil de coordination indispensable, les médecins y voient souvent une usine à gaz chronophage et mal interconnectée avec leurs logiciels métiers.
Certes, le Conseil constitutionnel a censuré cette sanction financière fin décembre pour vice de procédure, comme le souligne Egora. Mais le mal est fait. L'intention du législateur de manièr le bâton plutôt que la carotte a laissé des traces indélébiles. Cette tentative de coercition figure en bonne place parmi les LFSS 2026 mesures contestées par les médecins, perçue comme un mépris de la réalité quotidienne de leur exercice.
3. L'épée de Damoclès sur les tarifs
L'article 24 de la loi a agi comme un chiffon rouge. Il offre la possibilité à l'Assurance maladie de décider, de manière unilatérale, de baisses de tarifs pour certains actes jugés à « rentabilité excessive ». Sont particulièrement visés les plateaux techniques lourds comme l'imagerie ou la radiothérapie.
Bien que la ministre de la Santé ait tenté de rassurer en promettant, via une lettre ouverte, de ne pas activer ce levier, l'inscription de cette possibilité dans la loi change la donne. Pour les syndicats cités par Le Quotidien du Médecin, c'est la fin du paritarisme et de la négociation conventionnelle. Les médecins refusent d'exercer avec cette menace permanente d'une coupe budgétaire décidée depuis un bureau ministériel sans concertation réelle.
4. Une revalorisation en trompe-l'œil
Au cœur du conflit se trouve évidemment la question des moyens. L'inflation a fait exploser les charges des cabinets (loyers, énergie, personnel), mais les recettes, elles, stagnent. L'Objectif national de dépenses d'assurance maladie (ONDAM) pour la ville a été fixé à 3,1%. Un chiffre que la profession juge dérisoire pour maintenir la qualité des soins.
La demande est claire : une revalorisation significative de la consultation de base (le tarif C) et des actes techniques, dont certains n'ont pas été réévalués depuis plus de trente ans. Sans ce choc d'attractivité, les représentants de la profession préviennent : les jeunes ne s'installeront plus, préférant le salariat ou l'intérim, moins risqués et moins contraignants.
5. La peur de l'assignation à résidence
Enfin, l'angoisse de la coercition géographique plane sur le mouvement. Si la LFSS 2026 ne contient pas explicitement la fin de la liberté d'installation, le climat politique est à la régulation forcenée pour combler les déserts médicaux. Plusieurs propositions de loi gravitent autour du budget, suggérant de contraindre les jeunes médecins à s'installer dans des zones sous-dotées ou d'interdire l'installation dans les zones pourvues.
Pour les libéraux, toute restriction de la liberté d'installation des médecins serait une erreur historique. Ils arguent, relayés par La Croix, que la coercition ne fait que faire fuir les vocations. On ne soigne pas bien sous la contrainte, répètent-ils à l'envi.
À quoi vous attendre cette semaine ?
Pour le patient, la semaine s'annonce compliquée. L'impact de la grève des médecins sur les rendez-vous est immédiat : reports en cascade, standards téléphoniques saturés et files d'attente allongées aux urgences. Le mot d'ordre est la patience. Si votre état ne nécessite pas de soins immédiats, différez votre consultation.
Il est aussi essentiel de bien comprendre le plafonnement des arrêts maladie 2026 ce qui change pour vous : si vous êtes en arrêt long, anticipez vos rendez-vous de prolongation bien à l'avance, car votre médecin ne pourra plus vous couvrir pour de longues périodes en une seule fois. En cas d'urgence vitale ou de doute sérieux, le réflexe reste l'appel au 15, où des médecins régulateurs pourront vous orienter vers les structures de permanence des soins qui restent opérationnelles.