94 ans et toujours sur le tatami : Henri Paternoster, un mordu de judo qui ne compte pas s’arrêter-là
Le judo dans le sang. À 94 ans, Henri Paternoster, n’a jamais quitté les tatamis. Incandescente, la flamme du judo brûle toujours en lui. "C’est un sport qui m’a beaucoup apporté. Il reste toujours dans mon cœur. Je ne peux pas m’en passer", clame-t-il le sourire aux lèvres. Dans son club, qu’il a fondé en 1960 à Bougival (Yvelines), ce judoka dans l’âme inspire autant qu’il fascine. "Il a la même énergie qu’un homme de 20 ans, c’est exceptionnel et magique ! Grâce à lui, on apprend un tas de choses, de nouvelles techniques", s’exclame, dithyrambique, un adhérent de l’école bougivalaise de judo.
Toujours animé par l’envie d’enseigner, ce nonagénaire continue de partager sa passion pour le judo. Plus qu’une passion, un véritable sacerdoce. Un dévouement total et un professionnalisme qui suscitent l’admiration de son petit-fils, Xavier. « Il a une aura dans le club. Il est encore là, à son âge. Tous les week-ends, il est dans les gymnases pour arbitrer. Il est toujours le premier à arriver le matin pour obtenir une place. Il est là avant tout le monde. C’est un bel exemple », se réjouit-t-il.
Une histoire qui débute en 1947 à Nanterre
Né en 1932, Henri Paternoster fait la rencontre du judo en 1947 à Nanterre dans les Hauts-de-Seine. "Quand j’étais tout jeune, je faisais de la lutte gréco-romaine à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Un jour, quelqu’un m’aborde et me dit : 'Mais pourquoi tu ne viendrais pas faire du judo ? Je lui réponds : “Mais qu’est-ce que c’est, le judo ?"." À l’époque, ce sport commence tout juste à se développer dans l’Hexagone. L’année précédente, en 1946, la fédération française de judo est officiellement créée par Paul Bonét-Maury. Bien décidé à découvrir cet art martial, Henri Paternoster franchit le pas.
"Je suis allé à Nanterre et j’ai rencontré un professeur de judo, Jean de Herdt (première ceinture noire de France, NDLR), qui m’a demandé de me mettre en kimono. J’ai alors commencé. Ce qui m’a immédiatement plu, c’est le code moral de ce sport. Je me suis dit : 'C’est comme ça qu’on forme les hommes et les femmes'", se souvient-il. Très vite, il se laisse gagner par l’amour du judo. Désireux de populariser le sport dont il est désormais épris, l’ancien technicien chez Peugeot et Simka fonde peu après un club à Rueil-Malmaison. En 1958, deux ans avant de créer l’école bougivalaise de judo, il ouvre un club à Montesson dans les Yvelines.
500 ceintures noires formées
Ce féru de judo est aujourd’hui un ponte de la discipline. Il figure actuellement parmi les plus vieux judokas français encore en activité. Maître en la matière, il a formé, en plus de 70 ans, 500 ceintures noires et des milliers d’élèves, parmi lesquels le comédien Christophe Malavoy ou encore Guillaume Depardieu.
Pour cette force tranquille à l’humour facile, l’essentiel ne réside pas dans la course aux titres, mais dans la transmission des valeurs de son sport. "Des médailles et des diplômes, j’en ai. Mais ce qui m’a fait le plus plaisir, ce sont les lettres que j’ai reçues de mes élèves qui disaient que mon enseignement leur avait servi dans la vie. Et ça, c’est le plus important pour moi ", confesse-t-il, en proie à l’émotion.
Un physique hors norme à son âge
En dépit d’une récente opération à la hanche, le résident de Bougival conserve une forme olympique et une énergie de tous les instants. À 94 ans, ses capacités physiques restent exceptionnelles, un atout majeur pour les entraînements qu’il anime. "Il sait reculer, déséquilibrer un partenaire, le mettre sur ses épaules et le faire tomber… et sans se faire tomber lui-même ! Lui, il arrive à déséquilibrer et faire tomber quelqu’un de 80 kg", glisse son fils Thierry.
Déterminé, il entend rester sur le tatami de Bougival aussi longtemps que possible. "Au mois de juin, ce sera le 65e anniversaire du club. C’est tous les cinq ans que l’on fait ça. Je pense que ce sera le dernier pour moi. Je ne serai peut-être plus là… Tant mieux, je suis là, mais j’essaie de faire le maximum pour rester", expose-t-il avec lucidité.