Surendettement : ce piège invisible qui fait exploser les dossiers chez les moins de 25 ans
La situation financière des ménages français se tend, et une catégorie de la population est en première ligne. Alors que l'inflation continue de peser sur le pouvoir d'achat, le rapport annuel de la Banque de France dévoile une précarisation inédite de la jeunesse, prise au piège des crédits à la consommation et des factures impayées.
Un bilan 2025 préoccupant
Les chiffres publiés ce 17 février 2026 par la Banque de France dressent un constat sans appel. Sur l'année écoulée, l'institution a enregistré un total de 148 013 dossiers de surendettement, soit une augmentation globale de 9,8 % par rapport à 2024. Si cette hausse concerne l'ensemble de la population, elle atteint des sommets vertigineux chez les jeunes adultes.
Pour les moins de 30 ans, le nombre de dossiers a bondi de 36 %, passant de 12 500 à 17 000 en un an. Le constat est encore plus sombre pour la tranche des 18-25 ans, qui enregistre une explosion de 65 % des dépôts de dossiers (8 205 contre 4 982 en 2024). Conséquence directe : la part des 18-29 ans dans le surendettement global a plus que doublé en trois ans, grimpant de 5 % en 2022 à 12 % en 2025. Hélène Arveiller, directrice adjointe des services aux particuliers de la Banque de France, ne cache pas son inquiétude : « On n'a jamais vu ça avant. C'est pour ça qu'à la Banque de France, on en a fait un point d'attention particulier. »
Une conjoncture économique difficile
Cette spirale d'endettement s'explique d'abord par un contexte social fragile. Le chômage frappe durement cette génération, avec un taux de 21,5 % chez les 15-24 ans au quatrième trimestre 2025, selon les données rapportées par Le Parisien. À cette instabilité professionnelle s'ajoute la faiblesse des ressources : le revenu médian des débiteurs s'établit à seulement 1 206 euros, un montant souvent inférieur au seuil de pauvreté.
Le piège des paiements fractionnés
Au-delà de la précarité structurelle, la Banque de France pointe du doigt l'essor des nouveaux modes de consommation. Les mini-crédits et les paiements fractionnés, souvent appelés "Buy Now Pay Later", se multiplient. Jugés « moins encadrés par la loi » par l'institution, ces outils apparaissent comme indolores lors de l'achat mais favorisent une accumulation rapide de petites dettes.
En 2024, 17 % des dossiers de surendettement incluaient déjà ce type de créances, contre à peine 1 % en 2022. Une tendance lourde qui affecte prioritairement les jeunes : un tiers des dossiers comportant ces crédits sont souscrits par des moins de 35 ans. Le profil type du jeune surendetté révèle également une surreprésentation des femmes et des chômeurs, souvent plombés par des crédits à la consommation excessifs.
Des risques durables pour l'avenir
Le basculement dans le surendettement n'est pas anodin. Il entraîne des difficultés immédiates pour honorer les charges courantes, comme le logement ou l'énergie. L'inscription au FICP (Fichier national des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers), qui a augmenté de 0,7 % en 2025, peut bloquer l'accès futur au crédit ou à la location.
Face à l'urgence, la Banque de France rappelle que des solutions existent. En 2025, plus de la moitié des procédures ont abouti à un effacement total ou partiel des dettes, représentant un montant cumulé de 5 milliards d'euros. L'institution insiste aussi sur la nécessité d'un encadrement légal plus strict, notamment via une directive européenne obligeant à vérifier la solvabilité des emprunteurs pour les mini-crédits.
Pour éviter le pire, la vigilance reste de mise : il est recommandé de constituer une épargne de précaution et de se méfier des offres de crédit trop faciles. En cas de difficulté, le numéro unique 3414 permet de joindre la Banque de France pour être accompagné.
- INTERVIEW. Surendettement : le parcours d'Henri, 67 ans
- Crédit à la consommation : l'obtenir sera très difficile en 2026
- Affaire Apollonia : le couple, à l’origine d'une vaste escroquerie immobilière française, condamné à 7 ans de prison
- Daniel Balavoine : 40 ans après, retour sur une vie trop courte mais intense