Emploi : le chômage atteint son plus haut niveau depuis 2021
Les indicateurs virent au rouge pour l'économie française en ce début d'année. Alors que l'exécutif espérait maintenir la dynamique post-Covid, les données publiées ce mardi par l'Insee révèlent un net ralentissement du marché du travail qui pourrait durablement affecter les perspectives sociales.
Un retour en arrière statistique inquiétant
C'est un chiffre qui fait froid dans le dos pour l'économie hexagonale. Selon les Informations Rapides publiées par l'Insee le 10 février 2026, le taux de chômage au sens du BIT (Bureau international du travail) s'établit désormais à 7,9 % de la population active en France (hors Mayotte). Cette statistique marque une rupture nette avec la tendance baissière des années précédentes.
L'ampleur de cette remontée ne laisse place à aucun doute sur le refroidissement du marché. Ce taux affiche une progression de 0,2 point par rapport au trimestre précédent (7,7 %) et, plus inquiétant encore, un bond de 0,6 point sur un an par rapport au quatrième trimestre 2024. Il faut remonter au troisième trimestre 2021 pour retrouver un tel niveau.
En valeur absolue, la dégradation est tout aussi palpable. Le nombre de chômeurs atteint désormais la barre symbolique des 2,5 millions de personnes. Selon l'institut de statistique, cela représente 56 000 demandeurs d'emploi supplémentaires en l'espace de seulement trois mois.
Une hausse qui masque de profondes fractures
Si la moyenne nationale inquiète, le détail des chiffres révèle une situation très contrastée selon les générations. La jeunesse apparaît comme la première victime de ce retournement. Le taux de chômage des 15-24 ans a explosé, grimpant de 2,4 points sur le trimestre pour s'établir à 21,5 %. Sur une année glissante, la hausse atteint même 2,8 points, isolant les jeunes actifs dans un marché de plus en plus fermé.
À l'inverse, le marché du travail semble fonctionner à deux vitesses. Les actifs de 25 à 49 ans voient leur taux de chômage reculer légèrement (-0,2 point), tandis que celui des seniors (50 ans et plus) reste stable. Cette disparité s'explique par des causes conjoncturelles identifiées par les experts.
Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, évoque une transition vers une « croissance poussive » (+0,9 % en 2025 selon l'Insee). Face aux incertitudes géopolitiques et budgétaires, les entreprises adoptent une « gestion plus prudente des recrutements ». Certains secteurs paient un tribut plus lourd que d'autres : l'emploi salarié dans le privé a reculé de 0,2 % sur un an, avec une destruction de postes particulièrement marquée dans la construction et l'agriculture.
L'objectif de plein emploi de 2027 s'éloigne
Cette remontée soudaine fragilise considérablement la promesse politique majeure du quinquennat : atteindre le plein emploi, soit un taux de chômage autour de 5 %, d'ici 2027. La trajectoire actuelle rend cet horizon de plus en plus hypothétique.
Le gouvernement ne cache pas sa préoccupation face à ces résultats. Roland Lescure, ministre de l'Économie et des Finances, a qualifié ce chiffre d'« avertissement » sérieux. « Cela montre qu'il faut continuer à se battre pour que la croissance soit au rendez-vous », a-t-il déclaré, appelant à ne pas relâcher les efforts sur l'attractivité économique.
Pour les actifs, notamment ceux de plus de 35 ans, la vigilance est de mise. Même si leurs taux restent stables, la baisse globale des offres, en particulier les CDI, impose une stratégie adaptée. Il devient nécessaire de se positionner sur les métiers en tension, comme la santé ou certains services, qui continuent de recruter malgré le marasme ambiant.
Les perspectives à court terme n'incitent pas à l'optimisme. De nombreux économistes anticipent une poursuite de la hausse du chômage courant 2026. Les travailleurs en situation de précarité ou évoluant dans des secteurs concurrentiels doivent anticiper ces turbulences pour sécuriser leur parcours professionnel.
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