CDI jeune : pourquoi le "CPE déguisé" du Medef est mort-né

Publié par Stéphane Leduc
le 02/02/2026
une jeune femme entre dans une tour de la Défense
New Planet Media
Le Medef a tenté de relancer le débat sur la flexibilité avec un "CDI jeune", mais s'est heurté à un refus catégorique du gouvernement.

Cette initiative patronale a immédiatement mis le feu au dialogue social. En proposant un contrat spécifique à rupture facilitée, l'organisation réveille les souvenirs douloureux du Contrat Première Embauche. Matignon a coupé court à toute spéculation, mais le sujet de la rigidité du marché du travail pour les jeunes reste entier.

Le CDI à droits progressifs : une proposition explosive

L'organisation patronale a jeté un pavé dans la mare en suggérant la création d'un Contrat à Durée Indéterminée (CDI) spécifique pour les jeunes. Ce dispositif permettrait une rupture "sans motif" durant les premières années du contrat. L'objectif affiché par le Medef est de réduire la "peur de l'embauche" qui paralyse certains recruteurs, alors que le taux de chômage des jeunes atteint 18,8% en 2024 selon l'INSEE. Le patronat s'inspire ici du contrat à droits progressifs italien de 2016, crédité d'une baisse du chômage structurel de l'autre côté des Alpes.

La réponse politique ne s'est pas fait attendre. Matignon a écarté la piste, affirmant qu'elle n'était "aucunement à l'ordre du jour". Du côté des partenaires sociaux, la levée de boucliers est totale. La CGT et l'Unef dénoncent un "CPE déguisé" ou encore une "déclaration de guerre aux jeunes". Autre point de friction majeur : la suggestion d'adapter le SMIC pour certains débutants, perçue comme une discrimination salariale inacceptable.

Le réveil du traumatisme social et juridique français

Ce rejet épidermique s'explique par le précédent du Contrat Première Embauche (CPE) de 2006. Ce dispositif, destiné aux moins de 26 ans, prévoyait une période de "consolidation" de deux ans avec licenciement libre. La mobilisation massive des étudiants et des syndicats avait contraint le gouvernement de Villepin à abandonner la loi avant même son application. Les conséquences du rejet du CDI jeune aujourd'hui font écho à cette période de tension intense.

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L'obstacle n'est pas seulement social, il est juridique. Le Contrat Nouvelle Embauche (CNE) de 2005, réservé aux TPE, avait tenté une approche similaire avec une rupture sans motif pendant deux ans. L'Organisation internationale du travail (OIT) avait sanctionné la France en 2007, jugeant ce contrat contraire à la Convention n° 158 qui exige un "motif valable" pour tout licenciement. Le CNE a finalement été abrogé en 2008, scellant le sort de ce type de flexibilité.

Vers des solutions globales pour l'emploi

Plutôt que de créer des sous-statuts, la tendance actuelle du droit vise à sécuriser les parcours professionnels. Les droits sont désormais attachés à la personne, via des dispositifs comme le Compte Personnel de Formation (CPF), et non plus uniquement au contrat. Pour le Medef, la problématique dépasse toutefois le cas des jeunes et concerne la lourdeur globale du droit du licenciement.

L'exécutif privilégie d'autres leviers pour 2025 et 2026. La future réforme de l'assurance chômage, attendue pour l'été 2026, devrait durcir les conditions d'indemnisation pour inciter au retour à l'emploi. Parallèlement, la loi "Plein Emploi" généralise l'inscription des allocataires du RSA à France Travail pour un suivi renforcé. Enfin, une directive européenne imposera d'ici 2026 plus de transparence salariale dans les offres, modifiant les pratiques de recrutement sans toucher à la structure du CDI.

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