Sécurité sociale : un trou de 19,4 milliards prévu pour 2026 malgré les efforts
Le financement de notre système de protection sociale reste sous haute tension. Face à une dérive des comptes plus marquée que prévu, le gouvernement a dû revoir sa copie pour l'année à venir, cherchant l'équilibre précaire entre rigueur budgétaire et besoins médicaux croissants. Voici ce qu'il faut retenir de la nouvelle loi de financement qui vient d'entrer en vigueur.
Le PLFSS 2026 : un objectif de déficit sous les 20 milliards d'euros
Le parcours législatif a été sinueux, mais le texte est désormais acté. La Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a été définitivement adoptée par le Parlement en décembre dernier, devenant officiellement la Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025. Cette adoption marque la fin des débats parlementaires et le début de l'application des mesures de redressement.
Le point de départ de ce budget est particulièrement sombre. Selon les prévisions actualisées inscrites dans la loi, le déficit global, incluant le régime général et le Fonds de solidarité vieillesse, devrait plonger à 23,0 milliards d'euros en 2025. C'est un niveau d'alerte pour les finances publiques.
Malgré ce constat, l'exécutif garde le cap d'une réduction volontariste pour l'exercice suivant. L'objectif officiel affiché par le gouvernement est de ramener ce solde négatif à 19,4 milliards d'euros en 2026. Une marche de près de 4 milliards à franchir en un an.
Décryptage : l'explosion de la dépense de santé, principal moteur du déficit
La maîtrise des coûts reste un défi complexe, notamment car les besoins de soins ne faiblissent pas. L'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie (ONDAM) affiche une progression de 3,1 % pour 2026 par rapport à l'année précédente. Cela correspond à une injection de 3,9 milliards d'euros supplémentaires dans les dépenses nettes de l'assurance maladie pour soutenir le système de soins.
C'est bien la branche maladie qui creuse le trou, avec un déficit estimé à -17.2 milliards d'euros pour 2025, comme le souligne le ministère des Solidarités. Les causes sont connues et structurelles : le vieillissement de la population, l'explosion des maladies chroniques et le coût croissant du progrès médical pèsent lourdement sur les comptes.
Pour tenir la promesse d'un déficit sous les 20 milliards, l'État use de mécanismes comptables et financiers. La loi valide notamment le transfert vers l'État de la charge de 2,6 milliards d'euros d'exonérations et permet à la Sécurité sociale de conserver 2 milliards d'euros de rendement issu des allègements généraux. Ces jeux d'écriture permettent d'améliorer le solde facial de la Sécu sans réduire drastiquement les prestations.
Quelles conséquences et quels enjeux de pérennité pour le modèle social ?
L'horizon financier demeure bouché à plus long terme. Si l'effort est réel pour 2026, les projections inquiètent : sans mesures fortes, le déficit pourrait remonter à 23,7 milliards d'euros d'ici 2029. Cette dynamique de déficit tenace montre que les recettes actuelles ne suffisent plus à couvrir les dépenses naturelles du système.
Le débat sur les recettes a été vif durant l'examen du texte. Les discussions ont notamment porté sur une hausse de la Contribution Sociale Généralisée (CSG) sur certains revenus du capital, une piste controversée censée rapporter environ 2,8 milliards d'euros, illustrant la difficulté à trouver de nouvelles marges de manœuvre fiscales.
Le problème dépasse la simple comptabilité annuelle. Le déséquilibre est désormais structurel et interroge la survie du financement de la protection sociale, trop dépendant des cotisations sur les salaires alors que la masse salariale ralentit avec une inflation basse. Pour le gouvernement, ce PLFSS 2026 constitue une étape pour "préparer le terrain" avant un vaste débat sur les évolutions du modèle social attendu pour 2027.
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