Electricité : le scandale du nucléaire bradé enfin terminé avec le VNU ?
Une page se tourne pour le marché de l'électricité tricolore. Après plus d'une décennie de régulation controversée, le mécanisme qui obligeait EDF à subventionner ses propres concurrents a tiré sa révérence au profit d'un système de redistribution inédit. Retour sur une mécanique financière complexe qui a coûté cher à l'opérateur historique tout en interrogeant la protection réelle du consommateur.
L'année 2022 : quand le nucléaire "bradé" devient un scandale viral
La polémique a atteint son paroxysme lors de la crise énergétique de 2022. Alors que la guerre en Ukraine et les problèmes de corrosion du parc nucléaire faisaient exploser les prix, une réalité financière choquante a émergé. Le tarif fixe de l'ARENH, gelé à 42 €/MWh depuis 2012, apparaissait en décalage total avec la réalité. Sur les marchés de gros, les prix s'envolaient, atteignant des pics supérieurs à 1 000 €/MWh et se maintenant souvent entre 250 et 350 €/MWh. Ce grand écart a nourri l'image d'un « mème » viral : une électricité vendue pour une bouchée de pain par le producteur national, alors que sa valeur réelle explosait.
La situation a tourné à la spoliation lors de l'épisode dit de « l'écrêtement » en 2022. Pour contenir la facture des ménages, l'État a contraint EDF à céder 20 TWh supplémentaires à un tarif à peine rehaussé de 46,2 €/MWh. Ironie du sort, les fournisseurs alternatifs ont racheté ces volumes alors que le prix de marché moyen avoisinait les 257 €/MWh. Ce mécanisme a lourdement pesé sur les comptes de l'électricien. Selon les rapports financiers d'EDF, l'impact négatif sur son excédent brut d'exploitation (Ebitda) s'est élevé à -10,2 milliards d'euros pour la seule année 2022. Au total, ce sont entre 25 et 35 milliards d'euros de manque à gagner cumulé qui auraient pu financer l'entretien du parc nucléaire.
Qui a réellement profité de la "rente nucléaire historique" ?
Les grands gagnants de cette opération sont identifiés : les fournisseurs alternatifs comme Engie ou TotalEnergies et les traders de l'énergie. Ces acteurs ont pu acquérir de l'électricité à un coût très inférieur à celui du marché, ce qui leur a permis de capter des parts de marché agressives. Le système a favorisé un effet d'aubaine pervers : lorsque les prix de marché étaient bas (avant 2021), ces concurrents délaissaient l'ARENH, laissant EDF seule face à ses coûts fixes. En revanche, dès que la crise a frappé, ils ont maximisé leurs demandes, réclamant jusqu'à 135 TWh pour un plafond légal de 100 TWh. La Cour des comptes a d'ailleurs souligné qu'une partie de cette manne financière n'a pas été intégralement répercutée sur les factures des consommateurs finaux.
Ce système inique a pris fin définitivement le 31 décembre 2025. Désormais, un nouveau paradigme s'installe. La Commission de Régulation de l'Énergie (CRE) a établi un nouveau coût complet de production du nucléaire historique pour la période 2026-2028, fixé à 60,3 €/MWh. Ce chiffre sert de base au nouveau dispositif, le Versement Nucléaire Universel (VNU), qui ne repose plus sur un prix de vente imposé mais sur une taxation des bénéfices.
Conséquences pratiques pour les factures 2026 : la fin du prix bradé
Le VNU fonctionne comme un mécanisme de redistribution plutôt que comme un bouclier tarifaire direct. Désormais, EDF vend toute sa production au prix de marché. Si les cours s'envolent, l'État intervient via des seuils de taxation précis : 50 % de prélèvement sur les revenus excédant 78 €/MWh et 90 % au-delà de 110 €/MWh. Ces sommes sont ensuite redistribuées aux consommateurs via une minoration sur facture. Si le « bouclier » des 42 € disparaît, les estimations de la CRE pour les revenus prévisionnels (autour de 60,94 €/MWh en 2027) suggèrent que la facture ne devrait pas exploser en 2026, bien que les consommateurs soient désormais plus exposés à la volatilité des marchés.
Pour EDF, l'enjeu est la survie financière et la capacité d'investissement. Lourdement endetté, le groupe doit financer le programme EPR2, dont les coûts de production seront bien supérieurs au parc historique. Le VNU doit permettre à l'entreprise de conserver ses profits jusqu'au premier seuil de 78 €, lui offrant une bouffée d'oxygène nécessaire pour assumer la relance du nucléaire français.
Comparatif : De l'ARENH au VNU
| Caractéristique | Dispositif ARENH (2011 - 2025) | Dispositif VNU (Depuis 1er janvier 2026) |
|---|---|---|
| Prix de Cession | Fixe à 42 €/MWh | Prix de marché (variable) |
| Plafond de Volume | 100 TWh (plafonné) | Aucun plafond (totalité de la production) |
| Coût de Référence | Non réévalué | 60,3 €/MWh (CRE 2026-2028) |
| Mécanisme | Cession à perte pour EDF | Taxation des super-profits (dès 78 €/MWh) |
| Bénéficiaires | Fournisseurs alternatifs & Traders | L'État et les consommateurs (redistribution) |
- Électricité : les factures devraient finalement rester "stables" en 2026-2027
- Carburants, Autoroutes, Transports... les hausses qui vous attendent au 1er janvier 2026
- Prix 2026 : après le tabac, ces 5 produits du quotidien qui vont (encore) flamber
- Facture d'électricité : pourquoi elle pourrait coûter moins cher que prévu en 2023