Pourquoi la justice française a-t-elle laissé dormir les secrets d'Epstein pendant six ans ?
Pourquoi cette boîte Gmail saisie n'a-t-elle pas été exploitée avant que l'affaire ne soit refermée ? Décryptage d'une lenteur qui interroge.
Une saisie précoce mais inexploité
C'est une révélation qui jette un froid sur la gestion du dossier en France. Selon les informations rapportées par Marianne, le Parquet de Paris détenait la messagerie électronique de Jeffrey Epstein depuis une perquisition effectuée peu après sa mort, dès septembre 2019. Un document d'entraide judiciaire, envoyé aux autorités américaines à l'époque, atteste formellement que ce compte Gmail était déjà en possession de la justice hexagonale.
Ce décalage temporel donne le vertige. Alors que le monde a dû attendre la fin de l'année 2025 et le début de 2026 pour que la justice américaine publie légalement les « Epstein Files », la France disposait d'un accès direct six ans plus tôt. Cette boîte mail constitue pourtant la « boîte de Pandore » de l'affaire : elle est le cœur du corpus qui s'est révélé être une source majeure pour l'enquête globale. Des milliers d'échanges et de documents auraient pu accélérer le volet français dès 2019 ou 2020, bien avant le déballage médiatique actuel.
L'extinction des poursuites après la mort de Jean-Luc Brunel
Pour comprendre cette inertie apparente, il faut revenir sur le déroulement chaotique de la procédure française. Ouverte en août 2019 pour « viols » et « agressions sexuelles » sur mineures, l'enquête ciblait des actes commis sur le sol national ou par des Français à l'étranger. Les investigations se sont rapidement concentrées sur Jean-Luc Brunel. Cet agent de mannequins, associé historique du financier américain et présumé rabatteur, a été inculpé en 2020 et 2021.
Cependant, la machine judiciaire s'est grippée brutalement. Le suicide de Jean-Luc Brunel en prison, en février 2022, a entraîné l'extinction de l'action publique à son encontre, provoquant la clôture du dossier français. Par ailleurs, le contexte médiatique de l'époque a joué un rôle ambigu. Comme le soulignent certains observateurs sur Sud Radio, une partie de la presse a longtemps associé l'affaire Epstein à des thèses « complotistes ». Cette réticence a pu freiner l'impulsion nécessaire pour fouiller une boîte mail contenant potentiellement des noms de personnalités politiques ou culturelles françaises.
Une pression maximale pour relancer les investigations
La donne a changé avec la déclassification massive de 3 millions de pages de documents aux États-Unis fin janvier 2026. Ces pièces remettent en lumière l'appartement parisien du milliardaire, situé au 22 avenue Foch, désigné comme le théâtre de nombreux faits présumés. Face à ces éléments, plusieurs voix s'élèvent pour exiger que la justice française reprenne le travail là où elle l'avait laissé.
L'ONG Innocence en danger demande avec insistance la réouverture de l'information judiciaire. Pour l'association, il est impératif d'identifier les complices français encore en vie qui auraient pu participer à ce réseau de trafic sexuel. Cette requête s'oppose à la position tenue par Emmanuel Macron, qui estimait qu'il revenait à la justice américaine d'effectuer ce travail. Les victimes, elles, attendent désormais que l'exploitation tardive des e-mails permette enfin d'établir la vérité.
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