De New York à Paris : l'ombre des agences de mannequins dans le système Epstein

Publié par Stéphane Leduc
le 08/02/2026
photo représentant un défilé de mode avec des manequins qui marchent en catwalk
IA
Ce dimanche 8 février, de nouvelles révélations du Telegraph exposent l'existence d'"auditions de défilé" forcées, confirmant la mécanique de recrutement prédatrice mise en place par Jeffrey Epstein avec l'aide présumée de l'agent français Jean-Luc Brunel.

L'horreur se cache parfois derrière les paillettes et les fausses promesses de gloire. Selon une enquête publiée par le quotidien britannique The Telegraph ce 8 février 2026, des archives inédites dévoilent les coulisses du recrutement des jeunes femmes au cœur du système Epstein. Juste après le scandale initial, ces documents confirment l'utilisation cynique de l'industrie de la mode comme piège. L'affaire, loin d'être close, éclaire d'un jour nouveau les méthodes utilisées pour attirer des profils vulnérables dans un engrenage destructeur.

Des "auditions" forcées pour évaluer les victimes

Le Telegraph a mis la main sur des archives numériques saisies par les enquêteurs, montrant des séquences glaçantes. Le milliardaire américain organisait ce qu'il appelait des "auditions catwalk". De jeunes femmes, souvent mineures, étaient contraintes de simuler des défilés de mode sous le regard de Jeffrey Epstein. Cette mise en scène n'avait rien d'artistique : elle servait d'outil de contrôle et d'évaluation pour le prédateur. La promesse d'une carrière dans le mannequinat devenait ainsi l'instrument principal de la soumission.

Ces enregistrements ne sont qu'une pièce du puzzle. Ils s'ajoutent à une masse documentaire prouvant la surveillance obsessionnelle qu'Epstein maintenait sur ses victimes. L'objectif consistait à intégrer ces profils dans son réseau de trafic sexuel international, en utilisant le mirage professionnel comme appât. La documentation méticuleuse retrouvée témoigne d'une organisation industrielle de l'abus, où chaque "audition" servait à valider la docilité des futures victimes.

L'axe Paris-New York et la connexion Brunel

Ces méthodes renvoient directement au rôle joué par l'entourage du financier, et notamment sa connexion française. Jean-Luc Brunel, figure incontournable du mannequinat et fondateur de Karin Models, apparaît comme une clé de voûte du système. Selon les éléments de l'enquête rapportés par les médias, il aurait agi comme principal "rabatteur" pour Jeffrey Epstein, chargé d'identifier et de fournir des jeunes filles issues de son vivier professionnel. Pour rappel, le Français avait été mis en examen en décembre 2020 pour "viols sur mineur de plus de 15 ans" et "harcèlement sexuel" avant son incarcération.

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La capitale française occupait une place centrale dans ce dispositif. L'appartement parisien de Jeffrey Epstein, situé au 22 avenue Foch, servait de point névralgique en Europe. Les perquisitions menées par la justice française dans ce lieu et dans les agences concernées ont confirmé l'ampleur des ramifications. L'industrie de la mode, avec ses exigences de discrétion et la jeunesse de ses effectifs, offrait une couverture idéale. Comme le soulignent plusieurs sources proches du dossier, les prédateurs profitaient de l'opacité du secteur pour agir en toute impunité pendant des années.

Des preuves numériques pour relancer l'enquête

La découverte de ces nouvelles preuves numériques par le Telegraph relance inévitablement la question des complicités. Si la procédure contre Jean-Luc Brunel s'est éteinte avec son décès en prison en février 2022, les archives saisies pourraient impliquer d'autres acteurs du milieu. La justice doit désormais identifier toutes les personnes apparaissant ou citées dans ces documents pour déterminer leur niveau d'implication dans ce réseau de trafic.

Pour les victimes, ces éléments constituent une validation douloureuse de leur parole, mais le sentiment d'inachevé persiste. Comme le rapportait Thysia Huisman, ancienne mannequin néerlandaise et plaignante, à la mort de l'agent français : "On s'est battues pour obtenir un procès, ça nous est retiré". Le cas Epstein-Brunel continue de projeter une ombre sur le secteur du mannequinat, forçant le public à regarder en face les "passerelles" professionnelles utilisées pour masquer des crimes sexuels systémiques.

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