Amélie de Montchalin à la Cour des comptes : une première historique contestée

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 10/02/2026
amelie de Montchalin
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La nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes est officiellement entérinée ce mercredi, faisant d'elle la première femme à occuper cette fonction sur fond de vives critiques concernant l'indépendance de l'institution.

Ce mouvement était attendu, il est désormais acté. Alors qu'elle succède à Pierre Moscovici, ce choix de l'exécutif ne passe pas inaperçu et provoque une levée de boucliers immédiate au sein des oppositions. Entre profil politique marqué et exigence de neutralité, cette désignation à la tête de la juridiction financière soulève de nombreuses interrogations sur l'équilibre des pouvoirs.

Une désignation historique et sans vote parlementaire

C'est un changement d'ère rue Cambon. Ce mercredi 11 février 2026, le Conseil des ministres a validé l'arrivée d'Amélie de Montchalin comme Première présidente de la Cour des comptes. Comme le souligne Le Figaro, il s'agit d'une rupture symbolique majeure : à 40 ans, elle devient la première femme à accéder à la plus haute fonction de cette institution bicentenaire créée sous Napoléon.

Cette promotion express se distingue par son mode opératoire. Contrairement à d'autres postes stratégiques de la République, cette nomination relève de la compétence exclusive du chef de l'État. Lyon Mag rappelle que la procédure ne nécessite aucune validation par les commissions parlementaires, une spécificité qui alimente les critiques sur l'absence de contre-pouvoir lors de cette désignation.

Un profil politique jugé problématique

Le parcours de la nouvelle présidente cristallise les tensions. Figure de la macronie, Amélie de Montchalin a enchaîné les portefeuilles ministériels (Affaires européennes, Fonction publique, Transition écologique) avant d'atterrir aux Comptes publics. Pour Le Parisien, cette arrivée ressemble à un « recasage » politique classique pour une fidèle de la majorité, notamment après ses déboires électoraux aux législatives de 2024.

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Les oppositions dénoncent un mélange des genres inédit. Éric Coquerel, président de la commission des Finances à l'Assemblée nationale, s'insurge auprès de LCP : « Comment la ministre actuelle pourrait aussi donner un avis crédible sur le prochain budget qu'elle a elle-même préparé ? ». Cette situation de juge et partie est comparée par plusieurs observateurs, dont Sud Ouest, à un « fait du prince », rappelant la nomination de Richard Ferrand au Conseil constitutionnel.

Autre point de friction soulevé par Libération : la durée vertigineuse du mandat. Le statut de Premier président garantit l'inamovibilité jusqu'à l'âge de la retraite, fixé à 68 ans. En nommant une personnalité de 40 ans, Emmanuel Macron installe une proche à un poste clé de contrôle pour près de 28 ans, une longévité que fustigent les responsables de l'opposition comme Éric Ciotti.

Une crédibilité à l'épreuve de la dette

Cette nomination intervient alors que la France traverse une zone de turbulences financières. La Cour des comptes, véritable vigie de l'argent public, doit certifier la régularité des comptes de l'État et juger les comptables publics. Comme le rapporte CNews, l'exécutif affiche l'ambition de ramener le déficit public sous la barre des 3 % du PIB « au plus tard en 2029 », après plusieurs exercices de dérapage budgétaire.

L'enjeu dépasse la simple gestion administrative. Le risque principal réside dans la perception d'impartialité des futurs travaux de la Cour. Selon Juste Milieu, la crédibilité des rapports sur la gestion gouvernementale pourrait se trouver fragilisée par le profil très politique de sa dirigeante. Pour le contribuable, l'indépendance de cette juridiction reste le seul garant d'un contrôle objectif de l'utilisation des deniers publics.

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