Immigration : la France a atteint un record historique en 2025
Principalement tirée par les motifs humanitaires et familiaux, l'immigration légale en France atteint des sommets depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron. Ce nouveau rapport met en lumière une transformation profonde des flux migratoires tout en soulignant le paradoxe persistant de la politique d'éloignement.
Une présence étrangère en nette progression
Les données arrêtées au 31 décembre 2025 sont formelles : le stock de titres de séjour et documents provisoires détenus par des ressortissants de pays tiers atteint un pic inédit. Selon le bilan annuel de l'immigration de la Direction générale des étrangers en France (DGEF), qui dépend du ministère de l'Intérieur, on dénombre désormais près de 4,5 millions de titres de séjour en cours de validité sur le territoire. Cette masse documentaire représente une augmentation de 3,2 % par rapport à l'année précédente et une hausse significative de 20 % depuis 2021.
Cette dynamique influe directement sur la démographie nationale. Les étrangers en situation régulière représentent aujourd'hui 8,1 % de la population adulte en France. Cette croissance est alimentée par un flux constant de nouvelles arrivées : un total de 384 000 premiers titres ont été délivrés sur l'année, marquant une progression de 11,2 %. Il ne s'agit pas seulement d'une donnée statique, mais d'une population qui se renouvelle et s'accroît, posant la question des infrastructures d'accueil et d'intégration.
L'explosion du motif humanitaire et familial
L'analyse détaillée des motifs de délivrance de titres de séjour révèle un changement structurel majeur. Si le motif "étudiant" reste le premier poste d'entrée avec 118 000 titres, il est désormais talonné par une augmentation spectaculaire des admissions pour raisons humanitaires. Ce segment enregistre une hausse de + 65 %, atteignant 92 600 titres délivrés. Cette tendance lourde souligne l'impact des crises internationales sur les flux entrants vers l'Hexagone.
Le regroupement familial demeure également un pilier central de l'immigration légale. Quatre renouvellements de titre sur dix concernent ce motif, qui connaît une augmentation notable de 12 %. Ces chiffres permettent de mieux cerner la politique migratoire de la France, orientée davantage vers l'accueil de populations vulnérables ou le rapprochement familial que vers l'immigration de travail. En effet, à rebours de la tendance générale, l'immigration économique marque le pas avec une baisse de 13 %, plombée notamment par la chute de près de 30 % des titres pour travailleurs saisonniers.
Expulsions en hausse mais OQTF peu appliquées
Le volet répressif du bilan présente un contraste saisissant entre l'activité policière et l'efficacité administrative. D'un côté, la lutte contre l'immigration illégale s'intensifie sur le terrain. L'augmentation des interpellations d'étrangers irréguliers est très nette, affichant un bond de 30,6 % en 2025. Cette pression accrue s'est traduite par une hausse des éloignements effectifs (+ 15,7 %), totalisant 24 985 départs, dont une part croissante d'éloignements forcés.
Cependant, un point de blocage persiste : l'exécution des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF). Le taux d'exécution stagne "autour de 10 % depuis plusieurs années", comme le rapporte Le Parisien citant les données officielles. Ce chiffre, souvent décrié, s'explique en partie par une spécificité française.
Dans les faits, la France prononce un volume massif d'OQTF, environ 130 000 par an, bien supérieur à ses voisins comme l'Allemagne (60 000) ou l'Espagne (50 000). Cette obligation légale de délivrance quasi-systématique en cas de séjour irrégulier dilue mécaniquement le taux d'exécution, créant un décalage entre la décision administrative et sa mise en œuvre réelle. C'est l'une des raisons majeures expliquant pourquoi le taux d'exécution des OQTF est faible, malgré une activité policière soutenue.