Des "rafles" pour attraper les OQTF: les propos d'Arno Klarsfeld qui font scandale

Publié par Matthieu Chauvin
le 26/01/2026
Arno Klarsfeld
Capture vidéo
© Capture vidéo Cnews
L'avocat et conseiller d'État Arno Klarsfeld a provoqué un tollé en appelant à l'organisation de "sortes de grandes rafles" contre les étrangers sous OQTF sur CNews, en citant la méthode controversée de la police de l'immigration américaine. Face à l'indignation, la justice et l'Arcom ont été saisies. L'affaire ne devrait pas s'arrêter là malgré ses justifications.

La séquence a provoqué une onde de choc immédiate ce samedi 24 janvier 2026. Invité sur le plateau de l'émission Punchline sur CNews, l'avocat et conseiller d'État Arno Klarsfeld a tenu des propos d'une virulence rare concernant la gestion de l'immigration illégale. En suggérant d'importer des méthodes américaines radicales pour expulser les personnes sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), il a déclenché une vive polémique qui se déplace désormais sur le terrain judiciaire.

Un appel explicite à des méthodes radicales

Lors d'un débat consacré aux faits divers impliquant des ressortissants étrangers, Arno Klarsfeld a proposé une solution drastique. "Si l'on veut se débarrasser des OQTF, il faut organiser des rafles un peu partout, des sortes de grandes rafles, en essayant d'attraper le plus d'étrangers en situation irrégulière", a-t-il déclaré à l'antenne. 

Pour appuyer son propos, l'avocat a invité à "regarder ce que fait [Donald] Trump" aux États-Unis avec l'ICE, la police de l'immigration américaine : "Est-ce que le bien de l’État est de se débarrasser des asociaux en commettant des injustices, ou alors, de laisser au fil de l’eau les choses se dérouler ?"  S'il a reconnu que ces méthodes pouvaient engendrer des erreurs ou des injustices (deux morts déjà à Minneapolis), il a estimé qu'elles étaient parfois nécessaires pour le bien de l'État. Cette justification de la méthode de l'ICE a stupéfié de nombreux observateurs, tant par la violence des termes que par l'absence de contradiction immédiate sur le plateau.

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Le poids des mots et l'indignation politique

Le choix du vocabulaire n'est pas anodin. En France, le terme "rafle" résonne douloureusement avec l'histoire de l'Occupation et la déportation des Juifs, notamment lors de la rafle du Vél' d'Hiv en juillet 1942. L'indignation est d'autant plus forte alors qu'Arno Klarsfeld est le fils de Serge et Beate Klarsfeld, figures historiques de la traque des nazis et de la mémoire de la Shoah (d'ailleurs surnommés "les chasseurs de nazis", ces derniers se terrant notamment en Amérique du Sud après la fin du conflit). Il était lui-même avocat lors du procès de Klaus Barbie en 1987.

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Les réactions politiques ont été instantanées. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a réagi avec incrédulité : "Dites-moi que c'est un fake." De son côté, le député LFI Thomas Portes a dénoncé une incitation à la haine raciale caractérisée. Plusieurs voix s'élèvent pour demander ce que risque CNews après la polémique, pointant du doigt la responsabilité de la chaîne dans la maîtrise de son antenne.

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La justice et le gendarme de l'audiovisuel saisis

Thomas Portes a annoncé avoir saisi "immédiatement" la justice. Il a activé l'article 40 du Code de procédure pénale contre Arno Klarsfeld, qui impose à tout élu ou fonctionnaire de signaler un délit dont il a connaissance. Le signalement a été transmis à la procureure de la République de Paris pour des faits pouvant s'apparenter à de la provocation à la discrimination.

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Parallèlement, l'Arcom a été alertée. Cette saisine pourrait aboutir à des sanctions contre la chaîne si un manquement à ses obligations est avéré. Face à l'ampleur du scandale, l'avocat aurait confié en privé, selon certaines sources, regretter l'usage du mot, qualifiant sa sortie de "maladresse" et craignant désormais pour son poste au Conseil d'État.

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