Glyphosate : Bayer sort le chéquier pour stopper les procès, ce que cela change vraiment pour votre santé

Publié par Stéphane Leduc
le 18/02/2026
image agricole d'un tracteur qui fait un épandage de pesticides dans un champ
New Planet Media
L'annonce par Bayer d'un accord de 7,25 milliards de dollars pour solder les litiges autour du Roundup relance le débat sur le glyphosate. Entre études contradictoires de l'OMS et des agences comme l'EPA ou l'EFSA, ce décryptage explore les enjeux scientifiques et réglementaires qui divisent le monde, et leurs répercussions concrètes pour les consommateurs et l'avenir des herbicides.

L'annonce par Bayer d'un accord de 7,25 milliards de dollars pour solder les litiges autour du Roundup relance le débat sur le glyphosate.

Entre études contradictoires de l'OMS et des agences comme l'EPA ou l'EFSA, ce décryptage explore les enjeux scientifiques et réglementaires qui divisent le monde. Ces divergences d'experts ont des répercussions directes pour les consommateurs et dessinent l'avenir incertain des herbicides.

Un accord historique pour clore les plaintes

Le géant agrochimique tente de tourner la page judiciaire. Selon DTN Progressive Farmer et Fierce Pharma, Bayer a accepté de verser la somme colossale de 7,25 milliards de dollars pour résoudre les milliers de plaintes liées au Roundup. Cet accord couvre non seulement les expositions survenues avant le 17 février 2026, mais aussi les diagnostics de lymphome non hodgkinien (LNH) actuels ou futurs sur une période de 16 ans. Courthouse News précise que les paiements seront échelonnés sur une durée de 17 à 21 ans.

Malgré ce montant, l'entreprise maintient sa ligne de défense initiale. Comme le rapporte Motley Rice, Bayer ne reconnaît aucune responsabilité dans la dangerosité supposée de son produit. Il s'agit avant tout d'une stratégie de "confinement des litiges" face à l'afflux de dossiers, note Fierce Pharma. Pour absorber le choc, le groupe a porté ses provisions pour litiges à 11,8 milliards d'euros, dont 9,6 milliards spécifiquement dédiés au glyphosate d'après Deutsche Welle.

L'avenir judiciaire se joue également à la Cour Suprême américaine. Les juges examinent depuis janvier 2026 l'affaire Monsanto Co. v. Durnell. L'enjeu est la préemption des lois fédérales sur l'étiquetage par rapport aux lois des États, un point juridique central selon Courthouse News qui pourrait limiter les poursuites futures.

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Une fracture scientifique persistante

Le consensus scientifique sur le glyphosate demeure introuvable. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS a classé le glyphosate comme "probablement cancérigène" pour l'homme (Groupe 2A). Cette décision s'appuie sur des études animales et des "preuves de mécanismes d'action", souligne une analyse relayée par l'OMS.

À l'opposé, les agences réglementaires affichent des conclusions rassurantes. L'EPA américaine a jugé en 2017 qu'il est "improbable que le glyphosate soit cancérigène". En Europe, l'EFSA et l'ECHA partagent cet avis, estimant qu'il est "peu probable qu'il pose un danger cancérigène". Cette position a permis le renouvellement de son approbation par la Commission européenne jusqu'au 15 décembre 2033.

Ces divergences s'expliquent par des méthodologies distinctes. Les agences évaluent souvent la substance active seule, tandis que d'autres travaux portent sur les formulations complètes commercialisées. Le rapport de l'INSERM de 2023 pointe ainsi des risques de "stress oxydatif", de "dommages génotoxiques" et de perturbation endocrinienne, des éléments souvent écartés par les agences européennes. Des études récentes renforcent l'association avec le lymphome non hodgkinien via des mécanismes d'immunosuppression et d'inflammation.

L'avenir réglementaire et la consommation

Outre-Atlantique, la situation reste mouvante. L'année 2026 s'annonce décisive avec la réévaluation prévue par l'EPA et de potentielles modifications législatives. Si Bayer a cessé la vente de Roundup à base de glyphosate pour les particuliers aux États-Unis depuis 2023 pour éviter de nouveaux procès, le produit reste massivement utilisé en agriculture rappelle Bayer Global.

Sur le Vieux Continent, la situation est contrastée. Malgré l'autorisation prolongée jusqu'en 2033, des restrictions nationales demeurent. La justice européenne se penche d'ailleurs sur les pratiques d'extension d'approbation des pesticides par la Commission, signalant une surveillance accrue des procédures.

Pour le consommateur, la méfiance s'installe durablement. La pression s'accentue pour obtenir des alternatives sans chimie de synthèse. Le coût astronomique des litiges pour Bayer illustre la fragilité économique de l'industrie agrochimique face aux inquiétudes sanitaires grandissantes, rapportent les analystes cités par Fierce Pharma.

3 alternatives naturelles pour un jardin sans glyphosate

Alors que la bataille judiciaire fait rage, de nombreux jardiniers amateurs cherchent déjà à se passer de la molécule controversée. Voici comment désherber efficacement sans chimie de synthèse :

  • Le désherbage thermique : Un simple passage de chaleur (vapeur ou flamme) suffit à créer un choc thermique qui fait éclater les cellules de la plante. Radical pour les allées et les terrasses !
  • L'eau de cuisson des féculents : Ne jetez plus l'eau bouillante de vos pâtes ou de vos pommes de terre. Versée encore chaude et salée sur les herbes indésirables, elle agit comme un désherbant naturel redoutable.
  • Le paillage organique : La meilleure défense reste l'attaque. En recouvrant vos sols de broyat, d'écorces ou de paille, vous empêchez la lumière d'atteindre les graines de mauvaises herbes. C’est la solution la plus écologique et la moins fatigante sur le long terme.

Le saviez-vous ? Depuis 2019 en France, la vente, l'utilisation et le stockage de pesticides de synthèse (dont le glyphosate) sont interdits pour les jardiniers amateurs. Seuls les produits de biocontrôle ou qualifiés à "faible risque" sont autorisés dans vos abris de jardin.

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