Quand taxer devient risqué : l’avertissement des entreprises à l’État
La rupture semble consommée entre le monde économique et l'exécutif. Alors que le budget 2025 cherche des liquidités pour combler le déficit public, la réaction des chefs d'entreprise ne s'est pas fait attendre. Ce n'est plus une simple inquiétude, mais une véritable levée de boucliers face à ce qu'ils perçoivent comme un matraquage fiscal sans fin.
Faisons le point sur les raisons objectives de cette grogne qui unit, fait rare, les multinationales et les artisans locaux.
I. Quand les géants du luxe menacent de quitter la France
Le cri d'alarme sur la surtaxe des grandes entreprises
Le point de départ de cette nouvelle fronde est la surtaxe temporaire sur l'impôt sur les sociétés (IS) inscrite dans le budget 2025. Ciblant les groupes réalisant plus de 3 milliards de chiffre d'affaires, elle a provoqué une réaction épidermique. Bernard Arnault, PDG de LVMH, n'a pas mâché ses mots en dénonçant une mesure qui pénalise le "made in France" et incite implicitement à regarder vers les États-Unis. Patrick Martin, président du Medef, appuie cette position : selon lui, la "colère monte" et les patrons ont raison de s'exprimer haut et fort.
Une inquiétude qui gagne toutes les PME
Loin des tours de La Défense, le malaise est identique. Les dirigeants de TPE et PME se sentent "abandonnés par l'État" face à une conjoncture instable. Le moral est en berne : 7 chefs d'entreprise sur 10 craignent une hausse imminente de la fiscalité directe et des cotisations sociales. Ils redoutent de payer la facture d'une gestion budgétaire nationale qu'ils jugent défaillante.
II. Un poids fiscal et normatif unique en Europe
L'exception française : une pression fiscale record
Les chiffres donnent du grain à moudre aux contestataires. La France conserve sa place de championne de la zone euro avec un taux de prélèvements obligatoires atteignant 45,3 % du PIB en 2024, contre une moyenne de 40,9 % chez nos voisins. Plus alarmant pour l'attractivité : si l'on cumule IS, dividendes et surtaxes, le taux d'imposition des bénéfices est estimé à 57,85 %, un niveau qualifié de "proche du confiscatoire".
Le handicap lourd des impôts de production
Ce qui plombe réellement la compétitivité tricolore, ce n'est pas seulement l'impôt sur les bénéfices, mais les impôts de production. Ces taxes, dues avant même d'avoir réalisé le moindre profit, sont largement supérieures en France par rapport à l'Allemagne. C'est un boulet au pied pour l'industrie qui peine à lutter à armes égales sur le marché européen.
L'inflation normative : le mur de la bureaucratie
Au-delà de l'argent, c'est le temps perdu qui exaspère. Le Medef pointe du doigt une "inflation normative" galopante. Malgré les promesses de simplification, la paperasse s'accumule :
- Le code de la consommation a gonflé de 53 % en dix ans.
- Celui de l'environnement a pris 43 % de volume sur la même période.
Pour 64 % des PME européennes, cette charge administrative est devenue un frein majeur au développement.
III. Attentes de clarification et risques de fuite
Les chantiers de simplification à l'arrêt
Les patrons attendent désespérément le dégel du projet de loi de simplification de la vie économique. Ce texte, maintes fois reporté, a pour vocation de réduire la charge mentale et administrative qui pèse sur les TPE-PME et d'accélérer les projets industriels. Son absence entretient un sentiment d'immobilisme nuisible.
L'appel à un effort collectif plus juste
Le message des organisations patronales (Medef, CPME) est unanime : non à une hausse d'impôts sans baisse des dépenses publiques. La CPME dénonce un véritable "délire fiscal" et exige que le débat politique se recentre sur la compétitivité des entreprises plutôt que sur leur taxation. L'effort doit être partagé, et non reposer uniquement sur les créateurs de richesse.
La menace réelle des délocalisations
Attention au retour de bâton. Les dirigeants préviennent que l'augmentation de la pression fiscale est "idéale pour pousser à la délocalisation". Dans une économie mondialisée, la comparaison est vite faite : face à une Irlande proposant un taux à 12,5 % ou des États-Unis très incitatifs, la France risque de voir ses fleurons faire leurs valises.
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