Haute fonction publique : le "pantouflage vert" embrase la colère agricole

Publié par Stéphane Leduc
le 05/02/2026
Gros plan (macro) extrêmement détaillé. Une main d'homme, ridée et terreuse (agriculteur), tenant fe
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La nomination d'Anne Le Strat, figure de l'écologie militante, à la direction de l'Office français de la biodiversité (OFB) provoque une levée de boucliers chez les agriculteurs et relance le débat sur la neutralité de l'État.

La nomination d'Anne Le Strat, figure de l'écologie militante, à la direction de l'Office français de la biodiversité (OFB) provoque une levée de boucliers chez les agriculteurs et relance le débat sur la neutralité de l'État.

Alors que le monde rural traverse une crise persistante en ce début d'année 2026, l'arrivée d'une ancienne élue écologiste à un poste stratégique est perçue comme une provocation. Ce transfert du militantisme vers la haute administration, qualifié de "pantouflage vert", interroge sur l'équilibre entre expertise technique et impartialité républicaine au sein des institutions environnementales.

Une nomination explosive à l'OFB

L'arrêté a eu l'effet d'une bombe. Anne Le Strat, connue pour son engagement politique chez EELV et au sein de France Nature Environnement, a été désignée directrice générale déléguée à la « mobilisation de la société » de l'Office français de la biodiversité (OFB). Selon Valeurs Actuelles, son profil inquiète en raison de sa proximité passée avec des mouvements radicaux comme Extinction Rebellion et son soutien affiché aux Soulèvements de la Terre. Or, l'OFB détient un rôle clé de police administrative et judiciaire : ses 1 700 inspecteurs contrôlent le respect des normes environnementales, traquent le braconnage et surveillent les arrêtés sécheresse.

La réaction des mondes agricole et cynégétique a été immédiate. La Coordination rurale dénonce une décision "profondément politique" et un "geste de mépris" envers une profession en souffrance, rapporte Action Agricole Picarde. De son côté, Willy Schraen, président de la fédération nationale des chasseurs, fustige un "dogme punitif" imposé par un "lobby écolo" infiltré au cœur de l'État. Face à l'ampleur de la contestation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a ordonné une enquête administrative sur les modalités de cette nomination, un fait rare souligné par Public Sénat.

Le spectre de la capture idéologique

Cette polémique met en lumière une nouvelle forme de mobilité professionnelle : le "pantouflage vert". À l'inverse du pantouflage classique (du public vers le privé), il s'agit ici du passage de figures du secteur associatif ou militant vers la haute fonction publique. Pour l'exécutif, et notamment la ministre de la Transition écologique Monique Barbut (elle-même ancienne présidente de WWF France nommée en 2025), il s'agit d'intégrer une "expertise environnementale reconnue".

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Cependant, les opposants y voient un risque de "capture idéologique". Selon La Billebaude, le débat ne porte pas sur les compétences techniques, mais sur l'exigence de neutralité absolue d'un établissement public. Les syndicats craignent que des convictions militantes ne dictent l'action de l'État au détriment de l'intérêt général.

Le cadre actuel montre ses limites. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) contrôle principalement les départs vers le privé pour éviter les conflits d'intérêts financiers. Comme le notent Le Club des Juristes, il existe un "trou dans la raquette" concernant les conflits d'intérêts idéologiques. Si la procédure est jugée "régulière" sur le plan légal par le gouvernement, elle pose un problème éthique majeur : l'apparence de partialité suffit à entacher la confiance.

La confiance rompue avec le monde rural

Les conséquences de cette nomination dépassent le simple cadre administratif. Pour de nombreux acteurs ruraux, l'État apparaît désormais comme juge et partie. Cette perception renforce le sentiment d'être la cible privilégiée de politiques déconnectées des réalités de terrain. Les Surligneurs rappellent que la transition écologique ne peut réussir "contre les territoires, mais avec eux".

Cette défiance fragilise également les agents de l'OFB sur le terrain, déjà confrontés à des tensions croissantes. L'enquête administrative demandée par Matignon devra clarifier la situation, mais le mal semble fait. Selon plusieurs observateurs, cet épisode pourrait contraindre le gouvernement à réviser les critères de nomination pour ces postes sensibles, afin de garantir une impartialité indiscutable aux yeux de tous les citoyens.

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