"Vous m’avez désobéi" : la cheffe de la police des Landes limogée pour avoir ménagé les agriculteurs
Une crise inédite secoue l'administration landaise depuis le milieu du mois de janvier 2026. Alors que le mouvement agricole continue de faire pression sur les institutions, la gestion d'une manifestation devant la préfecture de Mont-de-Marsan a provoqué une rupture brutale au sommet de la hiérarchie locale. Le départ précipité de la commissaire divisionnaire du département, qualifié de "limogeage" par les syndicats, soulève de lourdes questions sur l'autonomie des forces de l'ordre face au pouvoir politique.
Cet incident dépasse le simple cadre administratif pour toucher au cœur de la doctrine du maintien de l'ordre en France. Entre accusation d'insubordination et défense du dialogue, les positions semblent irréconciliables.
Une éviction brutale après une action syndicale
Tout se joue le 11 janvier 2026, lors d'une manifestation non déclarée organisée par la Coordination rurale. Ce jour-là, des agriculteurs mènent une action symbolique devant la préfecture : un véhicule est stationné en marche arrière et des "individus ont soudé des chaînes en haut et en bas des grilles", rapporte Le Parisien. Face à cette situation, le préfet Gilles Clavreul ordonne la dispersion immédiate des manifestants. La directrice départementale de la police nationale (DDPN), Agnès Mazin-Bottier, présente sur le terrain, choisit pourtant de temporiser, estimant que l'usage de la force n'est pas nécessaire face à une action qu'elle juge sans danger immédiat.
La sanction tombe trois jours plus tard. Le 14 janvier, Agnès Mazin-Bottier est limogée par Gilles Clavreul, qui lui aurait signifié sa décision par un SMS lapidaire : "Vous m’avez désobéi." Officiellement présentée comme un départ à la retraite anticipée, cette éviction met fin à 36 ans de carrière et illustre de manière spectaculaire ce qui semble en réalité être une démission forcée.
L'affrontement de deux visions du maintien de l'ordre
Les justifications divergent radicalement entre la préfecture et les représentants de la police. Dans un communiqué publié le 26 janvier, le cabinet du préfet évoque des "manquements répétés" de la part de la fonctionnaire, citant deux précédents rappels à l'ordre durant l'été 2025. Pour l'autorité préfectorale, l'instruction de disperser les individus "n'a pas été suivie d'effet, sans qu'à aucun moment il soit fait état d'un risque ou d'une impossibilité d'agir", précise Sud Ouest.
À l'inverse, le Syndicat des commissaires de la Police Nationale (SCPN) défend fermement la stratégie de la commissaire. Selon eux, son refus d'utiliser la force contre les agriculteurs s'inscrivait dans une logique de désescalade et de dialogue, prônée par le ministre de l'Intérieur lui-même. Le syndicat dénonce une décision "illégale", "arbitraire" et "méprisante", soulignant que l'action ne justifiait pas de heurts physiques. Les conséquences de la désobéissance à un ordre préfectoral jugé inadapté par le terrain se traduisent ici par une sanction administrative immédiate, que le syndicat entend contester.
Les répercussions institutionnelles d'un désaccord local
Au-delà du cas individuel d'Agnès Mazin-Bottier, cette affaire révèle une véritable crise de commandement entre Préfet et police. Le SCPN s'inquiète de voir un représentant de l'État s'arroger des compétences opérationnelles techniques, craignant des dérives lors de périodes de tensions sociales plus aigües. Le syndicat a d'ailleurs demandé une audience au ministre de l'Intérieur pour clarifier les rôles de chacun le maintien de l'ordre.
En attendant, l'intérim à la tête de la police landaise est assuré par Florian De Jorna. Ce remplacement d'urgence ne clôt pas le dossier, qui pourrait laisser des traces durables dans les relations entre le corps préfectoral et les forces de sécurité intérieure.