"On a gagné !" : les agriculteurs jubilent après le gel du Mercosur

Publié par Matthieu Chauvin
le 22/01/2026
Agriculteur heureux
Istock
Mercredi 21 janvier 2026, le Parlement européen a voté de justesse la saisine de la Cour de justice de l'UE pour examiner la légalité du traité avec le Mercosur. Cela devrait prendre plusieurs mois et d'ici-là, tout peut encore changer, espèrent les agriculteurs français, particulièrement, mais pas uniquement.
 

C'est une décision inattendue qui gèle le processus de ratification de l'accord du Mercosur initié par la Commission européenne et offre un sursis crucial aux agriculteurs mobilisés aux portes du Parlement mercredi 21 janvier Strasbourg. Ils étaient environ 5 000 à manifester, rapporte Le Figaro, et ont crié leur joie par des "On a gagné", ou "On s’est battus et ça a marché." Alors que la signature semblait acquise, ce blocage juridique rebat totalement les cartes d'un traité commercial décrié.

Un scrutin historique joué à dix voix

C'est un véritable séisme politique qui a secoué l'hémicycle strasbourgeois. Les eurodéputés ont approuvé la saisine de la CJUE à une majorité infime. Le résultat est sans appel mais extrêmement serré : 334 voix pour, 324 contre et 11 abstentions. Ce coup d'arrêt intervient seulement quatre jours après que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a apposé sa signature sur le texte à Asuncion, au Paraguay, ce qui avait provoqué la colère de la profession .

À l'extérieur du Parlement, l'ambiance a basculé de la colère au soulagement. Les 5 000 agriculteurs et pas moins de 1 000 tracteurs maintenaient la pression depuis l'aube. L'annonce des résultats a été immédiatement saluée comme une victoire par la FNSEA, le syndicat qualifiant l'événement de "victoire syndicale importante [...] après deux mois de mobilisations" dans un communiqué commun avec les Jeunes Agriculteurs, dont le secrétaire général Quentin Le Guillous s'était écrié, selon nos confrères : "Ce soir, je rentre, je fais la bise à tout le monde et je vais dire à mes gamins que je l’ai eue, on l’a eue, on peut être fiers."

Vérifier la conformité du traité

La manœuvre parlementaire n'est pas seulement politique, elle est technique. Les élus européens demandent aux juges luxembourgeois de vérifier si l'accord est compatible avec les traités de l'Union, notamment concernant les clauses de réciprocité sanitaire et environnementale. Il faut désormais, pour tout le monde, attendre l'avis de la Cour de justice de l'UE sur le Mercosur avant de poursuivre le processus.

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Cette pause forcée divise profondément les États membres. Si le chancelier allemand regrette ce blocage, la France exulte. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a salué une décision cohérente avec la position française refusant toute concurrence déloyale. L'eurodéputée Saskia Bricmont a résumé le sentiment général des opposants : "L'Europe ne peut pas continuer à sacrifier son agriculture, sa santé et son climat sur l'autel du libre-échange", a-t-elle déclaré à la presse présente.

Un gel technique de deux ans

Dans les faits, cette saisine entraîne une suspension de la ratification de l'accord sur le Mercosur pour une durée indéterminée. Les experts du droit européen estiment qu'il faudra entre 18 et 24 mois à la Cour pour rendre ses conclusions. Ce délai offre un répit pour analyser en profondeur l'impact du libre-échange sur l'agriculture française en 2026, protégeant temporairement les filières bœuf, sucre et éthanol d'une concurrence sud-américaine aux normes divergentes.

Cependant, une menace plane encore. Le texte n'est pas totalement enterré et le risque d'une application provisoire existe théoriquement. Bruxelles conserve la faculté technique d'activer la partie commerciale du traité. Toutefois, le signal politique envoyé par le Parlement est si puissant qu'un passage en force diplomatique semble désormais périlleux. Pour l'heure, les conséquences du blocage du Mercosur pour les agriculteurs se traduisent par une garantie de stabilité des normes et des marchés pour les deux prochaines années.

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