Teams, Zoom… Le gouvernement veut rompre avec la dépendance aux outils numériques américains
Stop aux outils numériques américains. Le ministre de la Fonction publique, David Amiel, vient d'officialiser ce virage stratégique majeur pour l'administration. Cette décision, qui doit être confirmée par une circulaire du Premier ministre cette semaine, vise à sécuriser les échanges administratifs tout en réalisant des économies substantielles face à l'hégémonie des logiciels étrangers.
Un déploiement généralisé d'ici 2027
David Amiel a été formel lors de son annonce : il est temps de « sortir progressivement de la dépendance aux outils numériques américains et plus globalement non-européens ». Pour concrétiser cette ambition politique, l'État mise sur Visio la nouvelle solution de visioconférence française. Ce logiciel, développé par la direction interministérielle du numérique (DiNum), a vocation à devenir la norme pour l'ensemble des agents de la fonction publique d'ici trois ans.
Dans les faits, le gouvernement veut remplacer Teams et Zoom. L'outil est d'ailleurs déjà en phase de test avancé auprès de 40 000 agents au sein d'entités sensibles comme le CNRS, l'Assurance maladie ou encore le ministère des Armées. Vincent Molina, cofondateur de Pyannote, salue cette initiative : « Je pense que c’est un signal extrêmement fort, un très bon signal… Visio est un socle important dans cette orientation de la souveraineté numérique », a-t-il déclaré.
Sécurité renforcée et économies budgétaires
Au-delà du symbole politique, l'enjeu est critique pour la protection des données. La priorité est d'« assurer la sécurité de ses échanges en toutes circonstances », un point crucial alors que les serveurs des GAFAM sont souvent soumis au droit américain. Cette bascule vers la souveraineté numérique de l'administration française s'accompagne d'un argumentaire financier solide.
En évitant le renouvellement de licences coûteuses auprès de prestataires étrangers, les économies réalisées par le déploiement de Visio sont estimées à plusieurs millions d’euros par an pour les finances publiques. Selon les estimations du ministère, cela représente un gain d'environ 10 euros par agent. Sur le plan technique, la plateforme garantit un ancrage local : les données sont hébergées en France par une filiale de Dassault, et le système intègre des technologies tricolores, notamment pour la transcription automatique des conversations via l'intelligence artificielle.
Un chantier numérique bien plus vaste
Si David Amiel annonce l'arrivée de Visio comme une première victoire, il qualifie le reste du chantier d'« immense ». La visioconférence n'est que la partie émergée de l'iceberg. Il s'agit désormais de trouver des alternatives européennes à Microsoft Teams pour d'autres usages quotidiens, tels que la messagerie instantanée, les boîtes email ou les logiciels de traitement de texte.
Le ministre met également en garde contre les nouvelles dépendances potentielles, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle. Cette stratégie s'inscrit dans la continuité des efforts pour bâtir un « cloud souverain sécurisé ».