Affaire de soumission chimique : « La seule déclaration que je pourrais faire, c’est dire combien je suis désolé », déclare Joël Guerriau

Publié par Sarah Martin
le 26/01/2026
Affaire de soumission chimique : « La seule déclaration que je pourrais faire, c’est dire combien je suis désolé », déclare Joël Guerriau
Istock
Joël Guerriau, 68 ans, comparaît ce lundi et ce mardi devant le tribunal judiciaire de Paris. L’ex-sénateur est accusé d’avoir drogué la députée Sandrine Josso en 2023 dans le but de la violer. Il conteste les faits et encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Ce lundi 26 janvier 2026, l'ambiance était particulièrement lourde au tribunal correctionnel de Paris. Face aux juges, l'ancien sénateur de Loire-Atlantique tente de s'expliquer sur cette soirée de novembre 2023 qui a fait basculer sa carrière et traumatisé la députée Sandrine Josso.

Dès l'ouverture de l'audience, le ton a été donné. L'homme politique, qui a démissionné de son mandat sénatorial le 5 octobre dernier, a tenu à exprimer ses regrets immédiats. "Je suis vraiment désolé pour Sandrine" et "je n’ai jamais voulu lui faire de mal (...), j’espère qu’elle me pardonnera", a-t-il déclaré, espérant qu'un jour son ancienne amie puisse l'excuser. Mais ces remords suffiront-ils à convaincre la cour face à la gravité des accusations ?

Le procès de Joël Guerriau, accusé de soumission chimique, doit faire la lumière sur une tentative d'agression sexuelle présumée. Alors que l'ex-sénateur encourt cinq ans de prison, sa ligne de défense suscite déjà de nombreuses interrogations.

Comment un dîner amical a-t-il viré au cauchemar ?

Tout commence le 14 novembre 2023. Sandrine Josso, députée du MoDem, se rend au domicile parisien de son collègue pour fêter sa réélection. Les deux élus entretiennent alors une relation amicale depuis dix ans, "sans la moindre ambiguïté sexuelle". Pourtant, la soirée prend rapidement une tournure inquiétante. Sandrine Josso s'étonne d'être la seule invitée et remarque que son hôte lui sert une coupe de champagne préparée hors de sa vue, dans la cuisine.

Le breuvage a un "drôle de goût". Malgré cela, Joël Guerriau se montre insistant, voire "étrangement pressant" pour qu'elle finisse son verre, tout en s'adonnant à des "tours de magie" avec les variateurs de lumière. Très vite, la députée ressent des symptômes alarmants : palpitations, sueurs, tremblements. Prise de panique après avoir aperçu son hôte manipuler un sachet blanc, elle parvient à s'enfuir et se rend aux urgences. Le diagnostic est sans appel : les analyses révèlent qu'il a tenté de droguer la députée Sandrine Josso avec de l'ecstasy (MDMA).

Les résultats toxicologiques présentés lors des faits révélés au tribunal correctionnel de Paris sont accablants. Les experts ont mis en évidence une concentration de MDMA de 388 nanogrammes par millilitre de sang chez la victime. Un taux que les spécialistes qualifient de "très nettement supérieur à une prise 'récréative'", confirmant la dangerosité de la dose administrée à son insu.

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Comment l'accusé explique-t-il la présence d'ecstasy ?

Face aux preuves matérielles, la stratégie de défense de l'ancien élu repose sur la thèse de l'accident. Interpellé dès le lendemain des faits, Joël Guerriau a toujours nié toute intention sexuelle, plaidant un "acte d’inadvertance". Selon sa version, il se serait procuré cet euphorisant pour sa consommation personnelle et l'aurait versé dans le verre de sa collègue par erreur.

Mais pourquoi un sénateur consommait-il de telles substances ? C'est ici que les explications de Joël Guerriau concernant la mort de son chat entrent en scène. Il affirme avoir traversé une période de profond mal-être et de "crises d’angoisse", déclenchées notamment par le décès de son animal de compagnie et le stress de la vie parisienne. Une justification qui peine à expliquer la découverte, lors de la perquisition à son domicile, d'un sachet contenant pas moins de 30 grammes d'ecstasy.

Tentative de viol ou accident : que disent les juges ?

L'enjeu central de ce procès est de qualifier l'intention. Si aucun geste sexuel n'a été physiquement commis, la justice a retenu la qualification de tentative d'agression sexuelle contre Joël Guerriau

L'élément le plus troublant reste l'historique numérique du prévenu. L'enquête a révélé que quelques semaines avant le dîner, il avait effectué des recherches sur Internet associant les termes "drogue et viol". Confronté à ces éléments, l'ex-sénateur a rétorqué qu'un parlementaire "doit s’intéresser à tous sujets d’actualité". Une explication que Sandrine Josso rejette en bloc. "Ravagée" mais déterminée, elle vit ce procès "comme une mission", convaincue que son ancien ami voulait "assouvir une pulsion".

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