Justice : renvoi aux assises pour le réseau Cinko, piloté à deux pas de l'Élysée
Ce dossier met en lumière la persistance du crime organisé face aux institutions républicaines. L'ordonnance de mise en accusation, signée fin novembre 2025 par deux juges d'instruction parisiens et révélée début février, dévoile les rouages d'une organisation capable d'inonder le territoire de stupéfiants. L'affaire, qui souligne la puissance financière des narcotrafiquants, sera examinée prochainement à Paris.
Un procès pour criminalité organisée
La justice a tranché : Firat Cinko devra répondre de ses actes devant la juridiction la plus sévère. Âgé de 39 ans, cet homme est identifié par les services de police comme l'un des trente principaux trafiquants de l'Hexagone, selon les informations de Sud Ouest. Il est accusé d'avoir dirigé et organisé un trafic international de stupéfiants ainsi que des opérations de blanchiment entre 2020 et 2021.
L'ampleur du dossier justifie la saisine de la Cour d'assises spéciale. Contrairement aux assises classiques, cette juridiction est composée uniquement de magistrats professionnels, une mesure réservée aux affaires de grand banditisme et de terrorisme pour éviter les pressions sur les jurés. Firat Cinko encourt la réclusion criminelle à perpétuité. À ses côtés, vingt-deux autres personnes, dont sa compagne, sont également renvoyées pour leur participation présumée à ce réseau tentaculaire, rapporte Le Parisien.
Une base logistique voisine de l'Élysée
L'enquête a révélé une situation géographique stupéfiante. Le centre de commandement présumé de ce trafic se situait dans un appartement du 8e arrondissement de Paris, à seulement 200 mètres du Palais de l'Élysée et à proximité immédiate du ministère de l'Intérieur. C'est depuis ce périmètre ultra-sécurisé que les opérations auraient été coordonnées.
Ce train de vie luxueux contraste violemment avec la situation officielle de l'accusé. Déclaré comme simple "commis de cuisine" dans les documents administratifs, Firat Cinko multipliait les dépenses somptuaires, déboursant des milliers d'euros dans les boutiques de luxe comme Dior ou Louis Vuitton, note CNews. Cette disproportion flagrante entre revenus déclarés et train de vie a alerté les enquêteurs de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).
Des tonnes de cocaïne importées par conteneurs
Les investigations décrivent une mécanique d'importation massive. Le réseau exploitait des filières maritimes et aériennes pour acheminer la drogue depuis le Venezuela et l'arc antillais, notamment la Martinique. La marchandise arrivait fréquemment dissimulée dans des conteneurs au port du Havre.
Les saisies réalisées par les douanes et la police témoignent des volumes en jeu : près de 600 kilos de cocaïne interceptés au Havre en 2020, suivis d'un autre envoi de près de 400 kilos. Au total, le dossier porterait sur l'importation d'environ deux tonnes de poudre blanche, selon Charente Libre. Les juges soulignent que l'enquête a permis de mettre à jour une structure spécialisée dans « l'approvisionnement, l'acheminement et la distribution de cocaïne ».
Un réseau piloté depuis la détention
Le renvoi devant la cour d'assises pointe une défaillance inquiétante du système carcéral. Les magistrats retiennent que Firat Cinko a continué à diriger ses affaires illicites alors qu'il était incarcéré au centre pénitentiaire de Meaux. Cette continuité criminelle démontre la capacité des têtes de réseau à se jouer des mesures de surveillance.
Cette affaire fait écho aux scandales de corruption qui touchent l'administration pénitentiaire. En décembre 2023, une greffière de la prison de Meaux avait été mise en cause pour avoir modifié des fiches pénales contre rémunération. Parmi les bénéficiaires soupçonnés figurait un certain "Firat C.", un détail rappelé par Europe 1, qui illustre la porosité des établissements pénitentiaires face aux moyens financiers colossaux du narcotrafic.