"Des kilos de cocaïne commandés par l’État" : les propos d'un député LFI font scandale
C'est une affaire qui date de plusieurs mois et qui avait fait grand bruit. Un véritable tremblement de terre secouait l'institution policière phocéenne. En juin 2025, la direction de l'antenne marseillaise de l'Office anti-stupéfiants (Ofast) était décapitée. La commissaire divisionnaire à la tête du service, ainsi que son adjoint, avaient été mis en examen par les juges d'instruction de la Junalco (Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée).
Ce dossier tentaculaire, qui mêle perte de contrôle opérationnelle et soupçons de graves dysfonctionnements, interroge logiquement jusqu'au sommet de l'État sur les méthodes de la lutte contre le narcotrafic. Le sulfureux député LFI, Sébastien Delogu, candidat à la mairie de la cité phocéenne, en a profité pour réitérer publiquement des propos passés. Comme le précise Le Parisien, il était invité samedi 17 janvier à un meeting à Villeneuve-d'Asq, par le candidat local insoumis à la municipalité de cette ville du Nord.
"Des kilos de cocaïne commandés par l’État"
Sébastien Delogu, en plein discours de soutien à son homologue, a cru bon de faire référence à cette affaire certes dérangeante, évoquant une vidéo de lui-même à l'Assemblée : "J’ai expliqué qu’il y avait des kilos de cocaïne qui ont été commandés par l’État et qui avaient disparu, et que l’argent était caché dans les commissariats." Comme l'expliquent nos confrères, cette séquence avait été publiée sur le compte Facebook du député. On pouvait y entendre une tirade visant en réalité à appeler à la légalisation du cannabis, pour "en finir avec ce fléau et toute cette criminalité liée à la drogue."
Dans cette vidéo, il déclarait :"387 kg de cocaïne commandés par l’État pour une vente totale avoisinant les 8 millions d’euros, sans que personne ne soit arrêté, sans que personne ne sache qu’est-ce qu’est devenue cette drogue, où est passé l’argent. Pourtant, tout était stocké dans les locaux de la police selon l’enquête en cours."
Le préfet des Bouches-du-Rhône répond
Le Parisien révèle que cette fois, la pilule n'est pas passé du côté de Jacques Witkowski, préfet des Bouches-du-Rhône, qui a reçu le soutien du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Il a immédiatement publié sur son compte X un message en réponse aux propos de Sébastien Delogu.
Il "condamne vivement les propos tenus hier (samedi) soir par le député à l’encontre de l’État et des commissariats de police" et "rappelle que l’État et l’ensemble des fonctionnaires de la police ou la gendarmerie nationales combattent au quotidien toutes les formes de trafic de stupéfiants." Laurent Nuñez lui a donc emboîté le pas. "Total soutien à nos forces qui luttent sans relâche contre le narcotrafic, tout particulièrement à Marseille", a écrit en fin d’après-midi le ministre. "Rien ne les intimidera."
Des charges lourdes pesant sur la hiérarchie
La justice reproche aux deux hauts gradés une gestion calamiteuse ayant conduit à des dérives illégales. Placés sous un contrôle judiciaire strict, ils ont désormais l'interdiction d'exercer toute fonction de police judiciaire ou de paraître dans les locaux de police des Bouches-du-Rhône. Si la défense insiste, comme le rapporte Libération, sur le fait que la cheffe de service "n'est ni mise en examen pour corruption, ni pour trafic de cocaïne", les motifs retenus restent accablants.
Ils sont notamment poursuivis pour "complicité de faux en écriture publique" et "violation du secret d'une enquête." Cette mise en examen de la cheffe de l'Ofast de Marseille et de son adjoint marque un tournant, suggérant que la hiérarchie aurait couvert ou facilité des actes répréhensibles pour tenter de sauver une opération mal engagée.
Opération Trident : le dérapage incontrôlé
Au cœur du dossier se trouve l'opération Trident, lancée au printemps 2023. L'objectif initial était ambitieux : réaliser une "livraison surveillée" pour piéger un baron de la drogue, Mohamed Djeha, surnommé "Mimo". Cette technique consiste à laisser passer la drogue sous étroite surveillance pour identifier les destinataires finaux. Mais ce qui devait être un coup de filet s'est transformé en ce que beaucoup qualifient désormais de fiasco de l'Opération Trident pour la police marseillaise.
Alors que les enquêteurs tablaient sur une cargaison de 180 à 200 kilos, ce sont finalement près de 400 kg de cocaïne qui ont débarqué. Le problème majeur ? La marchandise s'est volatilisée. Le Parquet de Paris pointe des dysfonctionnements majeurs, évoquant des "échanges entre des policiers et d'autres personnes, portant sur la cession d'au moins 360 kg de cocaïne, en dehors de tout contrôle hiérarchique ." Aujourd'hui encore, une question hante le dossier : que sont devenus les 400 kg de cocaïne ?
L'impact durable sur la lutte anti-drogue
Ce scandale ne se limite pas à deux commissaires. L'affaire éclabousse tout le service, avec trois autres policiers de l'Ofast mis en examen en 2025, ainsi que deux indicateurs, poursuivis pour trafic de stupéfiants en bande organisée. Ces révélations forcent les autorités à revoir les protocoles et à clarifier les rôles entre la Junalco et l'Office anti-stupéfiants lors des opérations complexes.