Crans Montana : un incendie avait déjà eu lieu dans le bar révèle un avocat

Publié par Matthieu Chauvin
le 26/01/2026
Bougies Crans-Montana
Istock
De nouvelles révélations sur un incendie survenu en 2024 au bar Le Constellation à Crans-Montana fragilisent la défense des propriétaires Jacques et Jessica Moretti, accusés d'homicide par négligence après le drame. Jacques Moretti a été libéré de prison vendredi dernier grâce au paiement d'une caution de 215 000 euros.

Depuis le drame qui a coûté la vie à 40 personnes lors du réveillon de la Saint-Sylvestre, l'enquête tente de faire la lumière sur les responsabilités des "gérants" (Jacques Moretti était associé depuis 2024) du bar "Le Constellation." Ce week-end, le dossier a connu un tournant majeur avec la transmission de nouveaux éléments à la justice valaisanne, remettant en cause la ligne de défense adoptée jusqu'ici par les propriétaires.

L'enquête se concentre désormais sur un passé trouble de l'établissement, suggérant que la catastrophe aurait pu être évitée si des avertissements antérieurs avaient été pris au sérieux. Les familles des victimes, représentées par plusieurs conseils, apportent des pièces qui pourraient démontrer une connaissance précoce du danger par les exploitants.

Un avertissement ignoré par le passé

C’est un dossier volumineux, comportant plus d'une centaine de témoignages, qui vient d'être remis aux enquêteurs. Selon les informations rapportées par Le Parisien et Blick, l'avocat Sébastien Fanti, fait de graves révélations sur l'incendie de Crans-Montana, et met en lumière un fait accablant : l'établissement aurait déjà été la proie des flammes bien avant le drame récent.

Ce premier sinistre, survenu courant 2024, présente des similitudes troublantes avec la tragédie du Nouvel An. À l'époque, le feu aurait été provoqué par "des bougies trop proches du faux plafond non ignifugé ." Cette configuration dangereuse, mêlant bougies et faux plafond au Constellation, semble être restée inchangée jusqu'au soir fatidique où des feux de bengale ont embrasé la mousse insonorisante du sous-sol, piégeant les fêtards.

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L'existence de cette preuve d'un précédent incendie au Constellation en 2024, si elles d'avère exacte est cruciale. Elle suggère que les risques liés à l'aménagement intérieur et à l'utilisation d'articles pyrotechniques ou de flammes nues étaient connus des gérants, mais n'ont pas entraîné les travaux de sécurisation nécessaires.

Une stratégie de défense qui s'effondre

Face aux enquêteurs, Jacques et Jessica Moretti nient toute responsabilité pénale. Leur ligne de défense repose en partie sur le report de la faute vers le personnel. Ils ont notamment évoqué l'hypothèse d'une sortie de secours verrouillée par un employé décédé dans l'incendie, affirmant que ce dernier aurait fermé le loquet après une livraison de glaçons, contrevenant aux consignes.

Cependant, la mise au jour de ce précédent sinistre fragilise considérablement cet argumentaire. Si la récidive est avérée, elle pointe directement la négligence des propriétaires, indépendamment des actions ponctuelles d'un salarié le soir du drame. Comme le souligne maître Fanti, rejeter la faute sur une personne qui ne peut plus se défendre apparaît d'autant plus contestable si les conditions de sécurité structurelles étaient défaillantes depuis des mois.

Des charges judiciaires qui s'alourdissent

La confirmation de ce premier incident pourrait aggraver le cas de Jacques et Jessica Moretti. Le couple est actuellement visé par une instruction pour "homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence." La notion de "connaissance du risque" est centrale : ignorer un danger avéré transforme une simple imprudence en une faute lourde.

Pour l'heure, Jacques Moretti a été libéré après le versement d'une caution de 200 000 francs suisses (environ 215 000 euros), avec interdiction de quitter le territoire helvétique, tandis que son épouse reste libre sous mesures de substitution. Ces nouveaux éléments, renforçant l'accusation d'homicide par négligence, interviennent alors que l'on a su que la commune n'avait pas effectué de contrôle de sécurité depuis 2019.

Le bilan humain, extrêmement lourd avec 116 blessés en plus des personnes décédées, exige une clarté absolue sur l'enchaînement des négligences ayant mené à la catastrophe.

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