Crans-Montana : table à 900 euros et porte verrouillée pour empêcher les entrées gratuites
Depuis le drame du Nouvel An, l'émotion reste vive dans le canton du Valais. L'incendie qui a ravagé le bar-discothèque "Le Constellation" à Crans-Montana a fait 40 morts et 116 blessés, laissant derrière lui des familles endeuillées pour lesquelles les autorités locales viennent de débloquer des aides financières d'urgence. Mais au-delà du deuil, c'est l'incompréhension et la colère qui dominent à mesure que l'enquête avance.
Les investigations se concentrent désormais sur un élément matériel précis : une porte de service restée close alors que les flammes ravageaient l'établissement. Selon les informations rapportées par le média Il Tempo, ce verrouillage n'était pas le fruit du hasard. Pour cette soirée de réveillon, le prix d'une table atteignait 900 euros. Dans une logique de rentabilité extrême, la direction aurait cherché à empêcher à tout prix l'entrée de jeunes gens souhaitant accéder gratuitement à la célèbre discothèque par cette issue dérobée.
Un salarié pointé du doigt par les propriétaires
Face aux enquêteurs, les propriétaires de l'établissement, Jacques et Jessica Moretti, ont dû s'expliquer sur cette issue fatale. Jacques Moretti a avoué avoir constaté que la porte était fermée lors du drame. Dans des déclarations relayées par BFMTV, ils affirment que c'est un salarié, travaillant habituellement dans un autre de leurs établissements, qui aurait verrouillé l'accès.
Le dispositif en cause est un loquet situé à 2,02 mètres du sol. Jacques Moretti a précisé avoir installé lui-même ce système de fermeture « pendant la période du Covid ». Cette hauteur inhabituelle pose question sur la facilité d'accès et de manipulation de ce verrou dans l'urgence. Si la porte verrouillée lors de l'incendie du bar de Crans-Montana est au cœur des débats, les propriétaires maintiennent leur ligne de défense : « Bien sûr que j’ai dit aux employés qu’il ne fallait jamais fermer cette porte », a martelé Jacques Moretti, tentant de se dédouaner de la gestion opérationnelle de ce soir-là.
Des failles de sécurité et des contrôles absents
L'enquête met également en lumière des défaillances systémiques bien antérieures à la soirée du drame. Il apparaît que l'absence de contrôles de sécurité incendie à Crans-Montana a joué un rôle déterminant : ces inspections, théoriquement obligatoires, n'étaient plus effectuées par la mairie depuis 2019. Ce manque de surveillance a permis à des modifications structurelles dangereuses de perdurer sans être sanctionnées.
Parmi ces modifications, la réduction de la largeur de l'escalier principal est pointée du doigt. Lors de travaux de rénovation en 2015, cet escalier en bois menant au sous-sol est passé de trois mètres à un peu plus d'un mètre. Cette configuration a créé un goulot d'étranglement mortel lors du mouvement de panique. Le parquet du canton du Valais a d'ailleurs confirmé que 34 des 40 victimes ont chuté et sont décédées des suites de leurs blessures, de brûlures et d’intoxication par la fumée à cet endroit précis.
Des poursuites pour homicide par négligence
Les conséquences judiciaires pour le couple Moretti s'annoncent lourdes. Une instruction pénale a été ouverte pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence. La justice considère que l'ouverture de la porte de service aurait pu permettre à nombre de victimes de sortir de l’établissement et de se mettre en sécurité, évitant ainsi le piège de l'escalier principal.
Dans l'attente de leur procès, les mesures restrictives s'appliquent. Jacques Moretti a été libéré le vendredi 23 janvier contre le versement d'une caution de 215 000 euros. Le couple reste sous surveillance en raison d'un risque de fuite jugé sérieux par les magistrats.