Incendie de Crans-Montana : le récit glaçant de Louise, seule survivante du staff

Publié par Suruthi Srikumar
le 19/01/2026
Incendie de Crans-Montana : le récit glaçant de Louise, seule survivante du staff
Istock
Auditionnée le 8 janvier dernier, Louise, employée du bar suisse incendié lors de la soirée du Nouvel An, où elle a perdu plusieurs collègues, détaille les manquements en matière de sécurité.

C'est une pièce maîtresse qui vient d'être versée au dossier de l'instruction. Louise, une Française de 25 ans, est la seule employée de l'établissement à avoir échappé physiquement aux flammes sans blessure grave lors de cette nuit tragique. Entendue par la police valaisanne, elle décrit une scène d'horreur absolue.

Un traumatisme profond et le souvenir des collègues disparus

Le témoignage de Louise, salariée du Constellation, est marqué par une émotion palpable. Lors de son audition, la jeune femme a dû faire de nombreuses pauses, submergée par les larmes, comme le notent les rapports de police cités par BFMTV. Elle confie être hantée par les images de cette nuit cauchemardesque : « Depuis les évènements, je dors très difficilement. Je vois tout le temps le visage des morts, des gens que j'ai servis, que j'ai reconnus dehors, brûlés. L'odeur me reste dans le nez ».

Au-delà de son propre choc, elle porte le deuil d'une équipe décimée. Le bilan est terrible pour le personnel de l'établissement : trois de ses collègues, Cyane, Mattéo et Stefan, ont perdu la vie dans le brasier. Trois autres, Ambre, Gaëtan et Mathieu, ont été gravement blessés, comme le rappelle Le Parisien. 

Un show pyrotechnique qui vire au cauchemar en quelques secondes

Les détails fournis par la jeune femme sur le déroulé de la soirée du Nouvel An au Constellation permettent de comprendre l'origine précise du sinistre. Tout bascule vers 1h10 du matin, lorsqu'un groupe de clients commande un show de bouteilles. Le service s'organise alors de manière spectaculaire mais risquée : une douzaine de bouteilles ornées de bougies scintillantes sont acheminées en colonne par des employés déguisés. Cyane, décrite comme l'employée référente, ouvrait la marche, installée sur les épaules de son collègue Mathieu.

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C'est à cet instant que le récit du drame par la seule serveuse indemne devient critique. Selon ses dires rapportés, les feux de bengale ont embrasé les mousses antiphoniques du plafond dès l'arrivée du cortège à la table des clients. Le drame s'est joué dans un laps de temps infime. À cause de la musique assourdissante et parce qu'elle tournait le dos à la scène, Louise estime avoir perdu « entre 30 et 35 secondes » avant de réaliser ce qui se passait, car « les gens ne criaient pas 'au feu' », rapporte BFMTV.

Lorsqu'elle se retourne, il est déjà trop tard pour intervenir. Elle décrit une propagation rapide du feu au Constellation, insistant sur la vitesse anormale de l'embrasement : « Je me demande comment ça a pu prendre, et j'insiste sur cela, très vite, beaucoup trop vite ». Elle n'a eu que le temps de hurler « sortez tous, ça va exploser » avant de s'enfuir in extremis par la porte principale.

Des consignes de sécurité inexistantes et une évacuation chaotique

L'aspect le plus accablant de l'audition concerne la gestion des risques par la direction. Louise révèle de graves lacunes de sécurité incendie au bar de Crans-Montana. À la question de savoir si elle avait reçu des instructions en cas d'incendie, elle répond par la négative, précisant : « On ne m’a jamais rien dit à ce sujet », notamment concernant l'usage des bougies ou la procédure d'évacuation.

Le flou régnait également sur les équipements de secours. La jeune femme n'était même pas certaine de la présence d'extincteurs au rez-de-chaussée et confondait la porte de service avec une issue de secours, pointant des consignes de sécurité absentes au Constellation. Une fois dehors, elle décrit une scène de guerre, avec « des gens brûlés partout » et l'horreur des miroirs du bâtiment voisin renvoyant aux victimes l'image de leurs propres blessures.

Ces éléments s'ajoutent au dossier alors que Jacques Moretti, le gérant de l'établissement, a été placé en détention provisoire. L'enquête devra désormais déterminer les responsabilités exactes derrière ces négligences fatales.

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