Procès des « Gilets jaunes » du Burger King : neuf CRS face à la justice

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 09/02/2026
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Istock
Ce lundi 9 février marque l'ouverture du procès de neuf agents de la CRS 43, jugés à Paris pour des violences aggravées contre des manifestants réfugiés dans un fast-food en 2018.

Près de huit ans après les faits, l'heure des explications a sonné devant le tribunal correctionnel de Paris. Ce dossier, retentissant par la brutalité des images diffusées à l'époque, symbolise pour beaucoup les dérives du maintien de l'ordre durant la crise des « Gilets jaunes ». La justice doit désormais déterminer si la force employée ce jour-là par les forces de l'ordre était légitime face à des individus encerclés.

Une audience sous haute tension pour la CRS 43

Le procès des neuf fonctionnaires de la CRS 43 débute ce lundi 9 février 2026 et doit s'étaler sur trois jours (lundi, mardi et jeudi). Selon le calendrier judiciaire rapporté par la presse, ces agents comparaissent pour des faits de violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes, notamment le fait d'avoir agi en réunion et avec arme, en l'occurrence leur bâton de défense.

Les enjeux sont lourds pour les prévenus. Comme le souligne Notre Temps, certains d'entre eux risquent jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende. Ce rendez-vous judiciaire est scruté de près, tant par les syndicats de police que par les associations de défense des libertés publiques.

Retour sur l'intervention au Burger King

Les faits remontent au 1er décembre 2018, lors de l'Acte III du mouvement, avenue de Wagram à Paris. Pour échapper aux gaz lacrymogènes qui saturent l'air, une douzaine de « Gilets jaunes » ainsi qu'un journaliste se réfugient dans un restaurant Burger King, alors fermé au public.

Les images, révélées notamment par Libération et France Télévisions, montrent les CRS pénétrer dans l'établissement avec l'ordre d'évacuer les occupants. La situation dégénère rapidement. Malgré l'absence d'hostilité apparente des manifestants — certains levant les mains en l'air en signe de reddition — des coups de matraque et de pied pleuvent, sans sommation préalable.

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Un usage de la force jugé disproportionné

Ce procès met en lumière le contraste saisissant entre le chaos général de cette journée et la scène spécifique du fast-food. La juge d'instruction rappelle que ce 1er décembre fut une journée « particulièrement violente », marquée par le saccage de l'Arc de Triomphe et 318 gardes à vue.

Pourtant, l'enquête citée par Le Parisien conclut que l'intervention dans le restaurant n'était pas justifiée. Les magistrats instructeurs pointent le fait que les forces de l'ordre ont frappé des « manifestants non hostiles ». 

Une position renforcée par la hiérarchie policière elle-même, qui a par la suite reconnu l'« illégitimité » de cette charge, bien qu'aucune responsabilité pénale n'ait été retenue contre les supérieurs hiérarchiques.

Des stratégies de défense opposées

L'affrontement s'annonce rude dans le prétoire. Les avocats des parties civiles entendent démontrer que les agents ont commis une faute inexcusable. L'un d'eux dénonce une « violence comme un défouloir », qualifiant les actes d'« insupportables » pour des personnes ne représentant aucune menace immédiate.

De leur côté, les conseils des CRS plaideront le contexte exceptionnel. Ils devraient évoquer un climat « insurrectionnel », l'épuisement extrême de leurs clients et la peur omniprésente de « se faire tuer » face à la foule, comme le rapporte Actu Locale.

Un test judiciaire pour le maintien de l'ordre

Au-delà du sort des neuf agents, ce procès revêt une dimension symbolique forte concernant la gestion des mouvements sociaux en France. Le tribunal devra trancher : s'agissait-il d'une légitime défense sous pression ou d'un usage de la force totalement disproportionné ?

Cette audience soulève aussi la question de la chaîne de commandement. Si les exécutants sont dans le box, l'absence de poursuites contre les donneurs d'ordres est vécue comme « une occasion manquée » par certaines victimes. Le jugement, attendu à l'issue des trois jours de débats, fera jurisprudence sur l'encadrement des futures manifestations.

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