Avec sa réforme du collège et des programmes, la ministre de l'Education se fait tirer les couettes à la récré. Pourtant, avec 200 000 gamins qui décrochent chaque année et des classements Pisa qui font flipper, il y a urgence à tout changer : la pédagogie, les notes, les programmes et même... l'ambiance au bahut. Bref, l'école française doit absolument se ressaisir au troisième trimestre...

Et pour cause : avec un collège jamais réformé en quarante ans, l'école bleu-blanc-rouge risque d'être privée de téloche pendant deux millénaires : d'après le dernier classement Pisa qui suit les résultats des écoliers des pays de l'OCDE, la France arrive 25ème sur 40 en maths, 21ème en compréhension de l'écrit et 26ème en sciences, derrière la Slovénie et Macao (Chine). En revanche, toujours selon Pisa, elle est 1ère en inégalités. Faut avouer, c'est cocoricon ! Pourquoi ? Parce que la France est le seul pays du monde à couper dans ses dépenses en matière d'éducation : moins 20 milliards d'euros en dix ans. L'argent d'accord, mais pas que.

Alors on change quoi ?

Les profs, d'abord ! Et surtout, leur formation. Faut le savoir, à l'Education nationale, on ne va pas à la "piscine" mais au "milieu aquatique standardisé" et on ne remplit pas un texte à trous, on bosse sur un "texte lacunaire pour problématiser en réception l'étude de l'élément linguistique visé". Avec ça, deux tiers des nouveaux enseignants se retrouvent devant leur première classe sans aucune formation pratique et sans jamais avoir rencontré un seul moutard. D'ailleurs, Gabriel Cohn-Bendit, le frère de Daniel, fondateur du lycée expérimental de Saint-Nazaire et auteur de Pour une autre école, vite !, a un compte à régler avec eux : "Je ne suis pas de ceux qui disent que les enseignants sont des gens formidables. Il y a peut-être 15% de profs qui se donnent à leurs élèves..." Je confirme ! "Pourquoi ne pas recruter les enseignants d'abord sur l'obtention du BAFA ? Un préalable avant d’avoir été enseignant, c'est d'avoir fait une colonie de vacances et de s'en sortir avec les mômes ! Un enseignant doit impérativement être quelqu'un qui aime être avec les jeunes. Il faut replacer l'élève au centre du système éducatif, et penser l'école non plus en fonction des enseignants mais des enfants". Jean-François Sabouret est sociologue et spécialiste de l'éducation : "Au Japon, si l'élève est trop faible dans une matière, on fait en sorte… qu'il travaille plus. Ainsi, l'enseignant est considéré comme responsable de ce retard sur le programme et prend sur son temps pour lui donner des cours particuliers dans sa matière". Un bon prof, quoi ! Ensuite ?

Les notes, bien sûr ! "C'est une menace pour la confiance en soi, surtout pour les élèves en difficulté, voire en échec ", nous dit Fabrizio Butera, professeur de psychologie sociale à l'université de Lausanne, en bisbille avec les notes. On le sait bien, à force de dégainer les stylos rouges, les mouflets perdent confiance en eux. Pour Peter Gumbel, écrivain anglais et auteur d'On achève bien les écoliers, "les élèves français sont les champions des « pages blanches » : en cas d'hésitation, plutôt que de « tenter le tout pour le tout », ils préfèrent ne pas répondre plutôt que dire « une bêtise » " et d'être encore plus mal notés ! Et puisqu'on a deux minutes, parlons du dessin, de la musique et du sport : faut vraiment la noter mon aquarelle période bleue-marronnasse ? Et vas-y, toi, jouer L'Hymne à la joie avec ton flutiau ! Quant au sport, sorry si je nage pas vite, j'ai pas la place chez moi pour réviser mon dos crawlé ! Il y a quelques mois, le Conseil supérieur des programmes a proposé d'en finir une fois pour toutes avec les notes. En Finlande par exemple, pas de note avant le collège et la seule note sous la moyenne, c'est 4 sur 10. Et les programmes dans tout ça ?

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Un peu lourdingues, non ? En 3ème, un collégien se tape, de gauche à droite : Français, Maths, Histoire, Géo, Education civique, Anglais, Allemand ou Espagnol, Physique, Chimie, Sciences de la vie et de la Terre, Technologie, Dessin, Musique et Sport. Et si t'as cinq minutes, tu feras les vitres. En France, les élèves passent presque trente heures par semaine au collège, et jusqu'à quarante heures au lycée, c'est beaucoup plus que la moyenne mondiale. Finalement gamin, t'as plus vite fait d'amener ton duvet. Gaby Cohn-Bendit, encore lui, veut carrément bazarder les programmes : "Chaque jeune à des intérêts différents et des rythmes différents. Il y a des enfants qui savent lire à 6 ans quand d'autres ne maîtriseront la lecture qu'à 8 ans, et alors ? Qui a décidé qu'on devait savoir lire à 7 ans ? En Finlande on ne commence à apprendre à lire qu'à 7 ans. Un ami instituteur m'a raconté qu'un de ses élèves bricoleurs a appris à lire dans un manuel de bricolage et un autre, passionné de rugby, dans les articles de journaux sur le rugby. La première fonction de l'école est de susciter et de répondre à la curiosité des jeunes. Les programmes tuent la curiosité, dégoûtent les jeunes en les obligeant à travailler sur des questions dont ils ne voient pas l'intérêt et en les empêchant de travailler ce qui les intéresse". C'est-à-dire pas les cosinus ou la production annuelle de colza en Beauce ! Lâcher les programmes, c'est aussi l'occasion de revenir aux fondamentaux : aujourd’hui, 15% des CM2 débarquent en 6ème sans savoir lire ou écrire. Et plus tard, c'est l'Anglais qui fait la gueule : y'a qu'à voir Sarkozy sur le perron de l'Elysée, sous la flotte, avec son "Sorry for the time" à Hillary Clinton. Du coup, est-ce que ça vaut la peine d'apprendre une deuxième langue quand on ne sait pas dire "What time is it?"

Des enseignants fadasses, des notes qui font mal au cœur et des programmes indigestes, on dirait le menu de la cantoche. De quoi plomber l'ambiance en salle de perm'. Car avec tout ça, l'école française fait peur. Peter Gumbel a aussi planché sur le malaise des moutards français : "Ce qui m'a frappé, c'est la pression à laquelle les jeunes gens sont soumis. Un sur quatre a mal au ventre ou à la tête une fois par semaine et 40% se plaignent d'insomnies fréquentes… Pour les Français, il faut souffrir pour apprendre. Il n'y pas de place pour la confiance, la motivation ou la notion de plaisir. Une culture qui tient en trois mots : « Vous êtes nuls ! » " La preuve encore avec Pisa et son "indice d'anxiété" de derrière les fayots : en France, la moitié des gamins sont très tendus avant un devoir de maths, contre à peine un sur dix en Finlande. Et si on rajoute les dernières affaires de pédophilie ou de harcèlement... En 2006 en banlieue de Rennes, un prof de sport est condamné à deux ans de prison parce qu'il a des photos pédophiles planquées dans son ordi. Pourtant, M. Biceps continue d'exercer, c'est l'affaire d'Orgères. Son ex monte au créneau, parle à la télé... Du coup, Najat riposte : "Dès lors que quelqu'un a été condamné pour prédation sexuelle, il n'a rien à faire dans les murs des écoles. Centre de loisirs, colonies de vacances, centres sportifs... il faut que ça s'applique à tous les métiers où les adultes sont au contact d'enfants. Désormais, la révocation sera systématique". Parce qu'avant, ça ne l'était pas ? Et quand Marion, 13 ans, collégienne dans l'Essonne, est retrouvée pendue dans sa chambre après des mois d'insultes et d'humiliations, là encore, l'école ne répond pas ! Ou plutôt si, la CPE du collège Jean Monnet : "Nous avons 600 élèves, impossible de surveiller votre enfant. Débrouillez-vous pour qu'elle ne soit jamais seule". Trop tard

Le mot de la fin

Le mot de la fin pour Gaby Cohn-Bendit : ce qu'il faut, c'est "construire une école de la coopération contre cette école de la compétition du tous contre tous. Une école où se pratiquent les valeurs de la démocratie et non pas où elles s'apprennent par cœur dans des cours de morale avec des interrogations écrites comme moyen de contrôle. Une école où l'on apprend non pas en s'amusant mais avec plaisir et si possible avec passion. Une telle école est possible et de nombreux exemples le prouvent". 20/20.