Jeux vidéo violents : vers une interdiction pour les mineurs ? Macron fixe une échéance en "mai-juin"

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 09/02/2026
Macron
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Après avoir qualifié les jeux vidéo de "sujet majeur de santé publique", Emmanuel Macron lance une mission d'experts dont les conclusions attendues pour "mai-juin" pourraient aboutir à des interdictions strictes pour les mineurs.

Le débat sur la surexposition aux écrans franchit un nouveau cap. Alors que la loi sur la majorité numérique à 15 ans se profile, le chef de l'État ouvre désormais la porte à une prohibition ciblée de certains contenus ludiques. 

Une initiative qui provoque déjà la colère du secteur, mais que l'Élysée justifie par la nécessité de protéger la jeunesse face à une "déréalisation" de la violence.

Une question de "santé publique" soulevée par l'exécutif

Lors d'un entretien au média Brut ce 5 février, Emmanuel Macron a frappé fort en qualifiant l'impact des jeux vidéo de "sujet majeur de santé publique". Selon lui, il existe une corrélation directe entre l'exposition massive à ces contenus et la hausse de l'agressivité observée chez les adolescents.

Le Président a explicitement ciblé les jeux où l'on passe "cinq ou six heures par jour à tuer des gens", citant l'exemple de Fortnite. Pour le chef de l'État, ces pratiques finissent par créer un phénomène qui "déréalise le rapport à la violence". Cette prise de position intervient dans un climat particulièrement tendu, marqué par l'agression récente d'une enseignante à Sanary-sur-Mer par un mineur, un drame qui a relancé les discussions sur les influences comportementales des jeunes.

Une mission scientifique confiée au Conseil national du numérique

Pour étayer ce constat et dépasser le simple ressenti, l'Élysée ne veut pas agir à l'aveugle. Une mission d'évaluation a été officiellement confiée à "des experts et au Conseil national du numérique et de l'IA" (CNNUM). Leur feuille de route consiste à "mesurer scientifiquement l'effet" des écrans et des jeux vidéo sur le développement cognitif et psychologique des enfants.

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Le calendrier fixé est serré. Cette étude doit durer environ deux mois. Emmanuel Macron a d'ores et déjà donné "rendez-vous en mai, juin" aux Français pour la restitution de ces travaux. Ce rapport ne restera pas lettre morte : il servira de base à un futur "débat citoyen" souhaité par le gouvernement pour trancher sur les mesures à adopter.

Vers une interdiction pure et simple de certains titres ?

La menace est explicite : le Président n'exclut "aucune mesure". Il a prévenu que si un "consensus scientifique" démontre un impact "très mauvais" sur la jeunesse, "peut-être qu'il faudra interdire" l'accès à certains jeux spécifiques. Cette logique s'inscrit dans la continuité de la loi votée interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, prévue pour entrer en application en septembre 2026.

Face à cette perspective, l'industrie a réagi immédiatement. Le Syndicat national du jeu vidéo (SNJV) dénonce un "amalgame dangereux" et des "raccourcis", fustigeant une volonté de "dénigrer et insulter la première industrie créative et culturelle de ce pays", pourtant souvent saluée par le ministère de la Culture.

Si la restriction est actée, sa mise en œuvre reste le point sensible. Elle pourrait passer par un durcissement du système de classification PEGI ou des verrous numériques d'âge. Toutefois, l'exécutif admet les limites du contrôle parental : "On ne va pas mettre un policier derrière chaque famille, chaque écran".

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