Livre de Gisèle Pelicot : « Cinquante-trois hommes seraient venus pour me violer », des extraits bouleversants
C'est un récit nécessaire, une plongée dans l'abîme pour mieux remonter vers la lumière. Le 17 février prochain, les éditions Flammarion publient « Et la joie de vivre », l'ouvrage co-écrit par Gisèle Pelicot et Judith Perrignon.
« Cinquante-trois hommes seraient venus chez nous pour me violer »
Tout commence par un appel de routine, un moment qui semble anodin mais qui marque le début de la fin d'une existence paisible. En 2020, lorsque Gisèle Pelicot reçoit l'appel du sous-brigadier Perret, elle est persuadée qu'il s'agit d'une simple formalité. Elle imagine que cette convocation concerne une « première affaire » : son mari, Dominique, a été surpris en train de filmer sous les jupes de clientes dans un supermarché. À cet instant, sa confiance est totale. Elle déclare même au policier : « Je vivais depuis cinquante ans avec cet homme et jamais il ne m’avait fait de coup bas. »
La réalité la rattrape violemment lorsque son époux est placé en garde à vue pour « viols aggravés et administration de substances nuisibles ». Face à l'enquêteur, le déni s'installe d'abord comme un mécanisme de défense. On lui présente des photos et des vidéos. Elle voit une femme inerte, qu'elle décrit comme « une poupée de chiffon », mais refuse de comprendre qu'il s'agit d'elle-même.
Le point de rupture survient lorsque le policier prononce l'impensable. « Le policier a lâché un chiffre. Cinquante-trois hommes seraient venus chez nous pour me violer ». Cette phrase, brutale, fait voler en éclats cinquante ans de vie commune et marque l'entrée de Gisèle Pelicot dans un cauchemar éveillé.
Soumission chimique et cold cases : le profil effrayant du mari
L'ouvrage détaille la mécanique implacable mise en place par Dominique Pelicot. Du 23 juillet 2011 au 23 octobre 2020, il a drogué son épouse à son insu pour la livrer à des inconnus recrutés sur Internet. Ce qui ajoute à l'effroi de la victime, c'est la découverte du profil des 51 accusés jugés à Avignon. Elle confie sa « souffrance supplémentaire » en réalisant la jeunesse de ses bourreaux, certains nés en 1988 ou 1997, alors qu'elle est née en 1952.
Le livre aborde également une facette plus sombre encore du dossier : le passé criminel présumé de son ex-mari. En octobre 2022, Gisèle Pelicot apprend que Dominique intéresse le pôle « cold case » de Nanterre pour de vieilles affaires non résolues. Il est question de l'agression sexuelle d'une jeune femme en 1999 et du meurtre de l'agente immobilière Sophie Narme en décembre 1991 à Paris. Si Dominique Pelicot a fini par avouer la tentative de viol de 1999, confondu par son ADN, ces révélations dessinent le portrait d'un prédateur multirécidiviste qui a agi dans l'ombre pendant des décennies.
Pourquoi avoir refusé le huis clos lors du procès ?
Face à l'ampleur de l'horreur, Gisèle Pelicot prend une décision qui changera la portée de cette affaire : elle refuse le huis clos. Elle explique avoir redouté de se retrouver seule face à « 50 hommes » et leurs « quarante-cinq avocats ». Elle souhaitait que le procès soit public pour qu’« un journaliste [soit] là pour écrire leurs noms en face de leurs crimes » et pour permettre à d'autres femmes de s'asseoir dans la salle pour se sentir moins seules.
Lors de l'audience, elle n'a cessé de reprendre le contrôle sur les mots, corrigeant le président lorsqu'il évoquait des « scènes de sexe » pour rappeler qu'il s'agissait de viols. Dans son livre, elle livre un message puissant sur le sens de son combat : « On me remercie tous les jours pour mon courage, j’ai envie de leur dire, ce n’est pas du courage, mais une volonté et de la détermination pour faire évoluer cette société patriarcale et machiste. »
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