Droits à douane à 200 % sur le vin français : comment Donald Trump veut "punir" Macron

Publié par Matthieu Chauvin
le 20/01/2026
Vins
Istock
La tension diplomatique est à son comble. En représailles au refus d'Emmanuel Macron d'intégrer son nouveau "Conseil de paix", dont il souhaite devenir "président à vi", rien de moins, Donald Trump menace d'imposer des droits de douane prohibitifs de 200 % sur les vins et champagnes tricolores, plongeant la filière dans l'incertitude.

Jamais une crise diplomatique n'avait basculé aussi rapidement vers la guerre commerciale. En l'espace de trois jours, ce qui n'était qu'une divergence politique sur la gestion de l'après-guerre à Gaza s'est transformé en une menace directe pour l'économie française. Ce chantage assumé par la Maison-Blanche cible un symbole national : la viticulture.

L'escalade a débuté avec le rejet par Paris d'une initiative américaine controversée, déclenchant une riposte immédiate du président élu. Cette "diplomatie du tarif" place désormais l'Union européenne au pied du mur, contrainte de défendre ses intérêts face à un partenaire historique devenu imprévisible.

Un refus motivé par le respect des institutions onusiennes

L'origine de la crise remonte au vendredi 17 janvier. Donald Trump dévoile alors son projet de "Conseil de paix", une instance destinée à superviser la reconstruction de Gaza et la gouvernance post-Hamas. Cette structure, perçue comme une alternative concurrente à l'ONU, impose des conditions drastiques : un siège permanent exigerait une contribution financière d'un milliard de dollars (le Maroc vient d'annoncer vouloir devenir membre, d'après Le Parisien).

La réponse de la France ne s'est pas fait attendre. Entre le 19 et le 20 janvier, l'Élysée a signifié qu'elle n'entendait pas donner suite favorable à cette invitation. Pour Paris, il est hors de question de contourner les principes fondamentaux des Nations unies. Ce refus d'Emmanuel Macron de rejoindre le Conseil de paix a immédiatement été perçu comme un affront par le locataire de la Maison-Blanche, d'autant que Berlin a également exprimé des réserves, plaidant pour une concertation européenne.

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Une sanction économique immédiate et brutale

La réplique a été fulgurante. Lundi 20 janvier, depuis la Floride, Donald Trump a choisi l'arme économique pour faire plier la France. "Je vais mettre 200 % de droits de douane sur ses vins et champagnes. Et il y adhérera. Mais il n'est pas obligé d'y adhérer", a-t-il déclaré, liant explicitement le commerce aux alignements diplomatiques.

Cette annonce fait peser un risque mortel sur les exportations. Si la taxe Trump de 200 % sur les vins et champagnes français venait à être appliquée, les bouteilles tricolores deviendraient inabordables pour le consommateur américain, leur prix étant mécaniquement multiplié par trois. Les conséquences sur la filière viticole seraient catastrophiques, elle pour qui les États-Unis sont le premier marché à l'export.

Un chantage jugé inacceptable par le gouvernement

La réaction française a été vive et unanime face à cette méthode qualifiée de "chantage." Pour l'entourage du chef de l'État, utiliser des leviers commerciaux pour dicter une politique étrangère est une ligne rouge. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, s'est montrée particulièrement offensive sur TF1, dénonçant une manœuvre d'une "brutalité inouïe" et une menace "inadmissible."

Les enjeux financiers sont colossaux. L'exportation de vin français vers les États-Unis en 2024 a représenté une manne de 2,4 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent 1,5 milliard pour les spiritueux. Perdre ce marché au profit de concurrents comme l'Italie ou le Chili porterait un coup sévère à un secteur agricole déjà fragilisé par les aléas climatiques et la baisse de la consommation mondiale.

La riposte européenne en préparation

Face à l'ampleur de la menace, la France ne peut agir seule. Annie Genevard a immédiatement appelé à la solidarité des Vingt-Sept, affirmant que cette agression ne peut rester sans réponse de l'UE "tout entière." La réaction de l'Union européenne aux menaces de Trump sera donc le véritable test de la cohésion du bloc face au protectionnisme américain.

Bruxelles dispose désormais d'un outil puissant : l'instrument anti-coercition. Ce mécanisme permet à l'Europe de prendre des contre-mesures commerciales rapides, comme la restriction d'accès aux marchés publics ou des droits de douane ciblés, pour défendre un État membre victime de pression économique. Reste à savoir si les Européens parviendront à s'accorder rapidement pour activer ce bouclier face à Washington.

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