Michel Drucker face à la question du million : ce que révèle la transparence ambiguë des salaires chez France Télévisions.

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 10/02/2026
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Confronté à la question taboue de sa rémunération par Isabelle Morini-Bosc, Michel Drucker a renvoyé au "rapporteur" et à la "commission", une esquive qui révèle la tension permanente entre l'icône du service public et l'obligation de transparence.

Confronté à la question taboue de sa rémunération par Isabelle Morini-Bosc, Michel Drucker a renvoyé au "rapporteur" et à la "commission", une esquive qui révèle la tension permanente entre l'icône du service public et l'obligation de transparence.

Après plus de soixante ans de carrière au service public, Michel Drucker figure sans doute parmi les personnalités les plus familières des Français. Il reste également l'une des figures dont la rémunération, financée par la redevance ou le budget de l'État, suscite le plus de fantasmes. Récemment invité par la journaliste Isabelle Morini-Bosc, l'animateur a dû faire face à la question du million d'euros. 

Il y a répondu par une pirouette institutionnelle qui lève le voile sur le secret de Polichinelle entourant les émoluments des stars de France Télévisions.

Michel Drucker refuse de parler de son salaire, mais révèle l'existence d'une commission

L'échange s'est déroulé le 7 février dernier, lors de l'émission d'Isabelle Morini-Bosc diffusée sur Twitch, sur fond de débat concernant la transparence du service public. 

Face à l'interrogation directe sur ses revenus, le présentateur de Vivement Dimanche a choisi une réponse administrative pour le moins inattendue. « Je gagne ce que la commission, ce que le rapporteur connait puisque tout le monde sait combien on gagne », a-t-il lancé à son interlocutrice.

Cette déclaration n'est pas anodine. En mentionnant la "commission" et le "rapporteur", termes désignant probablement la commission des finances ou le rapporteur parlementaire chargé du budget de l'audiovisuel public, Michel Drucker confirme une réalité méconnue : si le chiffre n'est pas étalé en place publique, il est parfaitement connu des instances de tutelle. 

Une manière de rappeler qu'il ne cache rien à l'État, même si les estimations de la presse évoquent régulièrement un salaire avoisinant les 40 000 euros bruts mensuels pour ses prestations d'animateur.

Pourquoi les salaires des animateurs de France Télévisions sont un sujet sensible

Cette pudeur financière trouve ses racines bien avant les polémiques actuelles. Dans son ouvrage Tu n'as pas honte !, l'animateur revenait sur une leçon paternelle marquante après s'être vanté de ses premiers cachets. Son père l'avait alors sévèrement réprimandé : « Tu n'as pas honte, qu'est-ce que tu as à te vanter de gagner de l'argent ? ». Une correction morale qui a forgé son attitude actuelle, comme il l'écrit lui-même : « Depuis ce jour-là, je n'ai plus jamais dit un mot sur ce que je gagnais. Plus jamais. »

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Cette retenue personnelle se heurte toutefois à une exigence collective. Le service public fonctionnant avec des deniers publics, la transparence sur les dépenses demeure une attente légitime des contribuables. Cependant, aucune obligation légale ne contraint la publication des fiches de paie nominatives des animateurs. Seuls les critères généraux de rémunération doivent être accessibles, notamment pour respecter l'égalité femmes-hommes, laissant planer un certain flou sur les montants individuels perçus par les vedettes de l'antenne.

Les autres revenus de Michel Drucker : Studio Gabriel et société de production DDM

Réduire le patrimoine de l'animateur à son seul salaire versé par la chaîne serait une erreur. Michel Drucker opère avant tout comme un véritable chef d'entreprise. Il dirige sa propre structure, DDM (Drucker Duchesne Productions), qui produit ses émissions et lui assure une indépendance financière notable vis-à-vis de son employeur principal.

L'animateur tire également des profits substantiels de son statut d'exploitant du célèbre Studio Gabriel. Ce lieu emblématique, qu'il loue pour ses propres tournages mais aussi à d'autres producteurs, représente une manne financière distincte de son cachet d'animateur. À cela s'ajoutent les droits d'auteur générés par ses nombreux ouvrages, dont certains se sont écoulés à plus de 750 000 exemplaires. Ces multiples casquettes permettent à la star du PAF de justifier que son niveau de vie ne dépend pas uniquement de l'argent du contribuable, rendant la lecture de sa rémunération globale particulièrement complexe.

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