"Tsunami blanc" : pourquoi la France est submergée par la cocaïne comme jamais
La France a enregistré un record alarmant en 2025 avec 81 tonnes de cocaïne saisies, marquant l'ampleur du "tsunami blanc" qui submerge le pays.
Face à cette flambée sans précédent, le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau évoque une véritable "submersion" du territoire. Alors que la cocaïne devient le premier marché des drogues en valeur, les autorités tentent de comprendre et d'endiguer une logistique criminelle qui sature les frontières, des ports de l'Hexagone aux aéroports d'Outre-mer.
Une hausse fulgurante des saisies
Les chiffres dévoilés par le ministère de l'Intérieur donnent le vertige. Selon les données rapportées par Libération, la France a intercepté 81 tonnes de poudre blanche en 2025. C'est un record national absolu. Pour mesurer la gravité de la situation, il faut comparer ce bilan aux années précédentes : cela représente une augmentation de 50 % par rapport aux 54 tonnes de 2024, et le volume a quasiment quadruplé face aux 23 tonnes de 2023.
Cette explosion justifie la métaphore du "tsunami blanc" employée par les services de l'État. Ce marché, désormais le plus lucratif parmi les stupéfiants illicites, inonde le pays à une vitesse que les dispositifs actuels peinent à freiner.
L'arc antillais et la voie maritime
L'analyse des flux désigne clairement l'origine de la menace. Plus de la moitié des saisies de l'année, soit précisément 42 tonnes, provenaient de l'arc antillais (Guadeloupe et Martinique). La Juridiction interrégionale spécialisée (Jars) de Fort-de-France joue un rôle central, mais la pression reste immense. Comme le rapporte Le Parisien, la voie maritime demeure l'autoroute privilégiée des cartels.
L'année 2025 a été marquée par des opérations spectaculaires, notamment la saisie de près de 10 tonnes de cocaïne dans le port de Dunkerque en mars. La valeur de cette seule cargaison était estimée à 320 millions d'euros à la vente en gros. En parallèle, la Marine nationale mène une guerre de haute intensité en mer : selon Maritima, ses navires ont intercepté 58 tonnes de drogue sur l'ensemble des océans au cours de l'année.
Le fléau persistant des mules aériennes
Si les conteneurs transportent le gros des volumes, le trafic par voie aérienne via des "mules" reste un "phénomène d'ampleur en France". Bien que le nombre d'interceptions ait reculé, passant de 1 607 en 2024 à 1 322 en 2025, les saisies cumulées sur ces passagers atteignent près de 2,9 tonnes, indique L'Essor.
Les méthodes sont connues mais difficiles à contrer systématiquement : ingestion de capsules, dissimulation sous les vêtements ou dans les doubles fonds de bagages. Chaque vol en provenance de zones à risque représente un défi de filtrage pour les douanes.
Une adaptation permanente des réseaux
Face à la riposte policière, les organisations criminelles font preuve d'une agilité redoutable. Les trafiquants n'hésitent plus à "débiter" les ballots pour fractionner les risques ou à modifier brusquement les itinéraires des mules pour contourner les vols ciblés par les forces de sécurité. Le report vers le fret aérien ou de nouvelles routes maritimes complexifie la tâche des enquêteurs.
L'Office anti-stupéfiants (Ofast) ne cache pas que cette pression "sature les services répressifs". Le réalisme est de mise : malgré les saisies records, le volume qui passe entre les mailles du filet reste colossal. L'Ofast estime qu'au moins 20 tonnes de cocaïne ont été importées par des mules en 2025. Le calcul des trafiquants est cynique mais rentable : il suffit qu'une mule sur dix passe les contrôles pour que l'opération soit bénéficiaire.
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