Incendie en Suisse : l'ancien gérant s'étonne des travaux réalisés dans le bar

Publié par Matthieu Chauvin
le 13/01/2026
Escalier en bois
Istock
Suite au tragique incendie de Crans-Montana qui a fait 40 morts, l'enquête se resserre sur les travaux du bar "Le Constellation". Le témoignage de l'ex-gérant sur la réduction des escaliers vient alourdir le dossier du couple Moretti, mis en examen pour homicide par négligence.

Depuis la nuit du drame de Crans-Montana, les zones d'ombre s'éclaircissent et laissent entrevoir un scénario effroyable. Alors que l'incendie survenu lors du réveillon a coûté la vie à 40 personnes et fait 116 blessés, l'instruction se focalise désormais sur les modifications structurelles apportées à l'établissement. Au centre des investigations : la conformité des lieux au moment du sinistre.

L'escalier rétréci lors des rénovations cause 34 morts ?

C'est un témoignage qui pourrait tout changer. Eric Dosdo, qui a tenu les rênes de l'établissement entre 2005 et 2015, est sorti du silence pour pointer du doigt une modification majeure des lieux. Retrouvé à Lyon par la RTS, il exprime sa stupéfaction dans l'émission Mise au Point concernant la réduction de l'escalier du bar Le Constellation, opérée après son départ. Selon lui, le passage menant au sous-sol, où se sont retrouvées piégées les victimes, était auparavant "nettement plus large." 

D'après le média suisse, "34 victimes tuées sur 40 ont été retrouvées bloquées au pied de l'escalier, trop étroit pour permettre à toutes de sortir." Ce rétrécissement interroge directement sur la facilité d'évacuation lors du mouvement de panique. L'ancien responsable avoue ne pas comprendre "pourquoi le couple Moretti a rétréci l'escalier" lors des importants travaux de rénovation engagés à la reprise du commerce. Ce détail technique, loin d'être anodin, vient s'ajouter à un dossier déjà lourd. Le quotidien italien Il Giornale affirme qu'il faisait plus de 3 mètres de large, passant à... 1,37 m après les travaux.

Une accumulation de négligences présumées

Au-delà de l'étroitesse de l'escalier, l'enquête révèle une série de manquements potentiels aux règles de sécurité élémentaires. Visés par une instruction pour homicide par négligence à Crans-Montana, le couple Moretti doit répondre de plusieurs points critiques. Selon Jacques Moretti lui-même, une porte de service située au rez-de-chaussée a été retrouvée "verrouillée" de l'intérieur et n'était pas signalée comme issue de secours, bloquant une échappatoire possible. Eric Dosdo précise aussi que Le Constellation disposait d'une autre porte, qui donnait sur une galerie marchande : "Cette porte aurait dû être ouverte [...] Elle était ouvrable vers l’extérieur."

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Par ailleurs, RTS rapporte que Jacques Moretti a reconnu avoir installé lui-même la mousse acoustique au plafond, matériau suspecté d'être à l'origine de la propagation fulgurante des flammes et des fumées toxiques. A nos confrères, Eric Dosdo explique qu'à son époque : "Il n'y avait pas de mousse [phonique]. On n'avait pas vraiment besoin d'acoustique, d'abord parce que jamais personne ne s'était plaint. Et on n'avait pas de consonance de boîte de nuit, on arrêtait au plus tard à 1h du matin."

Ces éléments, combinés aux doutes sur l'accessibilité des extincteurs, dessinent un tableau accablant qui justifie la détention provisoire de Jacques Moretti après l'incendie, prononcée le 12 janvier 2026 pour une durée de trois mois afin de prévenir tout risque de fuite.

La responsabilité des contrôles en question

Si la responsabilité des exploitants est en première ligne, celle des autorités locales pourrait également être questionnée. Les enquêteurs analysent désormais les conséquences de la réduction des issues de secours sur le bilan humain catastrophique. Comment de tels travaux, s'ils s'avèrent non conformes, ont-ils pu passer sous les radars  m?

Comme l'indique la RTS, de nombreuses questions sur la sécurité incendie après le drame se posent quant à la validation du chantier par la commune. Des avocats de familles de victimes, cités par Le Quotidien, réclament la plus grande transparence et la nomination d'un procureur extraordinaire hors du canton, craignant que les liens locaux n'entravent la recherche de la vérité sur la chaîne de responsabilités.

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