Incendie de Crans-Montana : "Faites gaffe à la mousse !", le danger était bien connu

Publié par Matthieu Chauvin
le 06/01/2026
Flammes incendie
Istock
L’enquête sur l’incendie du bar "Le Constellation" à Crans-Montana, qui a fait 40 morts dont au moins neuf français le soir du Nouvel An, pointe de graves négligences allant de l’absence de contrôles communaux à l’usage de matériaux interdits, comme c'était malheureusement pressenti par les observateurs avertis ou certains anciens employés qui ont apporté leur témoignage. Les premiers éléments.

Ce mardi 7 janvier marque une étape décisive dans la compréhension du drame qui a endeuillé la Suisse et l'Europe. Alors que le bilan humain définitif s'établit désormais à 40 morts et 116 blessés, les  investigations de la justice valaisanne mettent en lumière une série de dysfonctionnements tragiques ayant transformé cette soirée de fête en piège mortel.

L'incendie, survenu vers 1h30 du matin le 1er janvier 2026, a ravagé le sous-sol de l'établissement à une vitesse foudroyante. Aujourd'hui, les familles des victimes attendent des réponses, et les premières conclusions de l'enquête sont accablantes tant pour les exploitants français du bar Le Constellation que pour les autorités locales. La télévision suisse RTS à diffusé une vidéo datant de 6 ans montrant les mêmes scènes avec bouteilles de champagne et feux de Bengale : on y entend un serveur, vraisemblablement, dire "Faites gaffe à la mousse !" 

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Identifier les négligences derrière le drame

Face à l'ampleur de la catastrophe, la justice a réagi rapidement. Une instruction pénale a été ouverte à l'encontre des deux gérants de l'établissement, révèle la police du canton, pour homicide par négligence, lésions corporelles et incendie par négligence. Bien que présumés innocents, ils sont au cœur des investigations visant à comprendre comment la sécurité des clients a pu être aussi gravement compromise.

Selon les premiers éléments communiqués par la Police cantonale du Valais, le feu aurait pris au niveau du plafond. La Procureure générale du Valais, Béatrice Pilloud, a précisé que "tout laisse à penser que le feu est parti des bougies incandescentes [...] et le tout a été approché trop près du plafond". L'instruction devra déterminer si les dispositifs de sécurité, tels que les issues de secours et les alarmes, étaient opérationnels au moment du drame.

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Le piège mortel de la mousse acoustique

Si l'étincelle initiale provient d'engins pyrotechniques, c'est la nature des matériaux de construction qui explique la propagation fulgurante des flammes. Les enquêteurs se concentrent sur les causes de l'incendie du bar Le Constellation, et plus particulièrement sur le revêtement du plafond. Le feu s'est nourri d'une mousse acoustique probablement non traitée, provoquant une « explosion de fumées » toxiques qui a asphyxié les victimes en quelques secondes. 

Christophe Anet, expert acousticien, explique la différence fondamentale avec les matériaux aux normes : "Les mousses ignifuges ne peuvent pas prendre facilement feu. Elles fondent, se transforment et elles ne produisent pas de gaz toxiques". L'utilisation d'une mousse acoustique non conforme dans un bar ou une boîte de nuit constitue une violation grave des règles de sécurité, transformant l'isolant phonique en combustible redoutable.

Un défaut de surveillance avoué par la commune

Au-delà des responsabilités directes des gérants, c'est la chaîne de contrôle public qui s'est brisée. Le Conseil communal a reconnu officiellement un manquement aux contrôles de sécurité incendie à Crans-Montana sur une période critique de cinq ans. En principe, selon la législation locale, un établissement de ce type "aurait dû faire l'objet d'un contrôle chaque année".

Le président de la commune, Nicolas Féraud, a déclaré : "Aucun contrôle du bar 'Le Constellation' n'a été effectué de 2020 à 2025. Nous le regrettons amèrement". Cet aveu relance le débat sur l'application de la réglementation des contrôles de sécurité incendie en Valais. En réaction immédiate, la commune a ordonné l'inspection sans délai de tous les établissements publics de son territoire et a interdit l'usage d'engins pyrotechniques dans les lieux fermés, alors qu'une journée de deuil national est prévue ce vendredi 9 janvier.

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