Crans-Montana : le gérant du bar Jacques Moretti placé en détention provisoire pour trois mois
C'est une tragédie qui a plongé la station de Crans-Montana dans la stupeur et le deuil. Alors que l'émotion est encore vive, la justice suisse s'active pour comprendre comment une soirée festive a pu virer au cauchemar. Au cœur de l'instruction, le sort du gérant de l'établissement, Jacques Moretti, cristallise les attentions.
Si son épouse a pu recouvrer la liberté sous conditions, lui reste derrière les barreaux. Pourquoi une telle différence de traitement ? Quels éléments pèsent contre lui ? Planet fait le point.
Une détention justifiée par le drame ?
La nouvelle est tombée comme un couperet pour la défense. Le Tribunal des mesures de contrainte du canton du Valais a confirmé le placement en détention provisoire de Jacques Moretti pour une durée initiale de trois mois. L'homme est inculpé par le Ministère public valaisan pour "homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence", comme le rapporte Midi Libre. Une lourde charge qui répond à l'ampleur de la catastrophe : le bilan des victimes de l'incendie du Nouvel An à Crans-Montana s'élève désormais à 40 personnes décédées et 116 blessés, majoritairement des jeunes.
À l'inverse, son épouse et co-gérante, Jessica Moretti, a été libérée. La justice a estimé que, dans son cas, des mesures de substitution étaient suffisantes. Cette distinction s'explique par une analyse rigoureuse du dossier personnel de chacun des époux. Pour Jacques Moretti, la situation est jugée plus complexe, nécessitant son maintien à disposition immédiate de la justice.
Pourquoi le risque de fuite est-il invoqué ?
Le Ministère public valaisan motive cette incarcération par la nécessité de "contrer le risque de fuite". Mais que signifie concrètement la détention préventive de Jacques Moretti pour risque de fuite aux yeux de la loi ? Selon RTL, cette évaluation se base sur ses déclarations, ses attaches en Suisse et à l'étranger, ainsi que sur son parcours de vie.
Le passé de l'homme ne joue pas en sa faveur. Le gérant traîne un lourd passif judiciaire, ayant été condamné pour des faits anciens de proxénétisme aggravé et de fraude en 2008. Ce profil controversé incite les autorités à la plus grande prudence afin de garantir qu'il réponde de ses actes devant un tribunal.
Quelles sont les négligences pointées du doigt ?
Au-delà du risque de fuite, ce sont les éléments matériels du dossier qui accablent le gérant. L'enquête met en lumière une série de négligences liées à l'incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana qui font froid dans le dos. Plusieurs témoins, rescapés du sous-sol où le drame s'est noué, affirment n'avoir vu aucune issue de secours accessible. Plus grave encore, selon Le Nouveau Détective, le gérant aurait admis qu'une porte de secours était verrouillée de l'intérieur, piégeant les victimes.
Les causes techniques du sinistre semblent également se préciser. Jacques Moretti a reconnu avoir lui-même changé la mousse d'isolation acoustique du plafond. Or, ce matériau, qui s'est embrasé au contact des feux d'artifice, n'était pas aux normes. "Il explique avoir choisi les pierres, le bois des murs et la mousse installée au plafond. Cette mousse, achetée dans un magasin de bricolage, a remplacé un ancien isolant, car "le changement n’était pas complexe"", rapporte La Dépêche.
À cela s'ajoute une faille administrative majeure : l'absence de contrôles de sécurité incendie. La commune a reconnu que le bar n'avait pas été inspecté entre 2020 et 2025, soit pendant cinq ans, alors que ces contrôles auraient dû être annuels.