« Ils font face au pire drame de leur vie » : les avocats de Jessica Moretti appellent à la prudence après le drame de Crans-Montana
C'est un bilan qui glace le sang et qui restera gravé dans les mémoires : 40 morts et 116 blessés. Trois semaines après le terrible incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, l'heure est aux premières explications judiciaires. Jacques et Jessica Moretti, les propriétaires de l'établissement, ont affronté une épreuve redoutée : une audition de dix heures face aux enquêteurs valaisans.
Dans ce dossier brûlant, la tentation est grande de désigner rapidement des responsables. Pourtant, les avocats du couple, Mes Yaël Hayat et Nicola Meier, montent au créneau sur RTL pour déconstruire l'image de "coupables idéaux" collée à la peau de leurs clients. Selon eux, la réalité du dossier est bien plus nuancée que la condamnation publique immédiate.
La conformité des lieux était-elle réelle ?
Alors que l'opinion publique s'interroge sur la responsabilité des propriétaires suite à l'incendie de Crans-Montana, la défense oppose des faits techniques précis. Me Nicola Meier est formel : il est prématuré de jeter la pierre au couple. L'avocat affirme que durant les cinq années ayant suivi l'ouverture, l'établissement a fait l'objet de visites par "des professionnels du feu".
Selon les éléments avancés par la défense lors des contrôles de conformité du bar Le Constellation, l'établissement avait été jugé "conforme à toutes les normes d'autorité". Un point crucial concerne le matériau incriminé dans la propagation rapide des flammes : la mousse acoustique. Installée au plafond en 2015 lors de rénovations, cette installation n'aurait rien d'un bricolage amateur. Jacques Moretti se serait tourné vers une enseigne spécialisée, utilisant un produit recommandé pour les lieux publics.
Plus troublant encore, cette mousse phonique contrôlée par le service incendie à plusieurs reprises n'aurait jamais suscité la moindre remarque de la part des inspecteurs. "Personne n'a rien trouvé à y redire", insiste Me Meier, soulignant que ses clients se sont reposés sur l'expertise des autorités compétentes.
A-t-on confondu les portes ?
L'autre polémique majeure concerne les voies d'évacuation. Des témoignages ont fait état d'une porte de secours verrouillée, piégeant les victimes. Là encore, les avocats apportent une précision capitale : il y aurait une confusion entre issue de secours et porte de service. D'après la défense, la porte fermée n'était pas celle prévue pour l'évacuation d'urgence.
Cela soulève une question légitime : la signalétique était-elle assez claire pour des clients paniqués ? Si elle est jugée "peut-être pas suffisante", les avocats rappellent que ce n'est pas du ressort direct des patrons du bar. C'est une société spécialisée qui détermine l'emplacement et la taille des panneaux. Puisque cette signalétique n'est "pas posée, pas décidée et pas contrôlée" par le couple, l'avis des avocats sur la désignation des coupables est tranché : le cercle des responsabilités doit s'élargir bien au-delà des époux Moretti.
Quelle suite pour les propriétaires ?
En attendant la suite de l'instruction, le sort judiciaire de Jacques Moretti semble s'éclaircir légèrement. Placé en détention provisoire, il devrait bientôt recouvrer la liberté. La justice a fixé une somme conséquente pour sa sortie.
Une décision a été prise concernant le montant de la caution pour Jacques Moretti : elle s'élève à 200 000 francs suisses (soit environ 215 000 euros). Selon ses conseils, cette somme est "prête à être déposée", ce qui devrait permettre au propriétaire de préparer sa défense en homme libre, bien que marqué par ce qu'il qualifie, via son avocate, comme "le pire drame de sa vie".