Crans-Montana : Jacques Moretti bientôt libéré sous caution, l'enquête sous le feu des critiques

Publié par Matthieu Chauvin
le 20/01/2026
Crans-Montana
Istock
L'enquête sur l'incendie meurtrier du bar "Le Constellation" connaît un nouveau rebondissement avec la remise en liberté conditionnelle probable de son ancien gérant Jacques Moretti contre une lourde caution, alors que le ministère public valaisan fait face à de vives critiques concernant la lenteur des investigations. Le point sur les faits.

Alors que l'émotion reste vive en Suisse et en Europe, la justice va sans doute accorder une remise en liberté provisoire à l'un deux mis en cause dans le dossier de l'incendie du bar "Le Constellation" à Crans-Monatan. Cette décision survient dans un climat de défiance grandissante envers les autorités chargées de l'instruction, accusées de lenteurs qui pourraient compromettre la manifestation de la vérité.

Une liberté retrouvée à prix d'or ?

Placé en détention provisoire rapidement après le sinistre, Jacques Moretti devrait être libéré sous caution comme nous vous l'annoncions lundi 19 janvier, mais cette liberté aura un coût élevé. Le Ministère public a fixé le montant à 200 000 francs suisses (environ 215 000 euros), une somme jugée "adéquate" au regard de la situation financière de l'intéressé. Un proche devrait s'en acquitter et la somme a déjà été réunie, révèle BFM TV mardi 20 janvier.

Cette libération ne signifie pas pour autant une absence de surveillance. Le dispositif judiciaire est strict : l'ex-gérant et non plus co-gérant, a-t-on appris hier, devra porter un bracelet électronique, remettre ses documents d'identité et a l'interdiction formelle de quitter le territoire suisse. Son épouse, Jessica Moretti, bien que laissée libre, est soumise à des mesures de substitution similaires pour éviter la détention. 

Les failles de l'instruction pointées du doigt

Si la libération probable de celui qui n'état donc plus gérant depuis 2024 mais "associé" fait la une, ce sont surtout les méthodes du parquet qui interpellent. Les avocats des parties civiles ont émis de vives critiques envers le ministère public valaisan chargé de l'incendie, dénonçant des retards incompréhensibles dans la collecte de preuves cruciales.

Vous avez aimé cet article ?

Le point de crispation majeur concerne les perquisitions tardives liées au bar "Le Constellation." Il a fallu attendre le 9 janvier, soit huit jours après le drame, pour que les téléphones portables du couple Moretti soient saisis. De même, la perquisition de la fiduciaire de Martigny, qui détenait les archives comptables, n'a été effectuée qu'après l'insistance des avocats, alors que l'information était disponible dès le 1er janvier. Ces délais alimentent la crainte d'une déperdition de preuves numériques ou matérielles essentielles pour comprendre l'enchaînement des faits.

La municipalité face à ses responsabilités

L'autre volet explosif de ce dossier concerne la surveillance administrative de l'établissement. La responsabilité de la commune de Crans-Montana concernant les contrôles de sécurité est désormais engagée après des aveux publics accablants. La municipalité a reconnu qu'aucun contrôle de sécurité incendie n'avait été effectué au "Constellation" entre 2020 et 2025.

Le président de la commune, Nicolas Féraud, a tenté de faire face à la polémique : "Nous le regrettons amèrement [...] nous assumerons toute la responsabilité que la justice déterminera", a-t-il déclaré sur la RTS. Cette négligence administrative pourrait peser lourd dans la balance. Alors que les conséquences judiciaires pour Jacques et Jessica Moretti semblent inévitables, la question est de savoir si les autorités locales seront, elles aussi, inquiétées pénalement pour ces manquements.

L'enquête pour homicide par négligence devra déterminer si ce défaut de surveillance a contribué directement à la catastrophe. Pour les familles des 40 victimes et des 116 blessés, la bataille juridique ne fait que commencer.

Google News Voir les commentaires