Crans-Montana : le témoignage d'un employé contredit la version des propriétaires

Publié par Suruthi Srikumar
le 19/02/2026
Crans-Montana : le témoignage d'un employé contredit la version des propriétaires
Istock
Entendu ce mercredi 18 février par la police de Sion, un survivant de l’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana a mis en cause la direction de l’établissement. Selon le videur, Jessica Moretti aurait donné l’ordre de bloquer les issues de secours afin d’empêcher des clients de quitter les lieux sans régler leur note.

Plus d'un mois après la tragédie qui a coûté la vie à 41 personnes, l'enquête connaît un tournant majeur. Les déclarations d'un agent de sécurité présent lors du réveillon viennent directement fragiliser la défense du couple propriétaire de l'établissement valaisan.

L'audition de Predrag J. : un témoignage accablant pour les gérants

L'instruction sur l'incendie de Crans-Montana s'est accélérée ce mercredi 18 février 2026 dans les locaux de la police de Sion. Les enquêteurs ont recueilli la déposition très attendue de Predrag J., l'un des « physios » en poste le soir de la Saint-Sylvestre. Ce jeune homme, menuisier de formation, porte encore les stigmates du drame, grièvement brûlé aux mains et au visage.

Son audition est décrite comme particulièrement lourde de conséquences pour Jacques et Jessica Moretti, les propriétaires du bar Le Constellation. Selon les informations rapportées par BFMTV, l'employé a livré un récit qui contredit frontalement la version des gérants. Le point de bascule de son témoignage concerne une directive précise : il assure avoir entendu Jessica Moretti ordonner la fermeture de toutes les issues, ne laissant que la porte principale accessible pour la nuit du réveillon.

Le choc des versions : la sécurité face au risque d'impayés

La justification de cette consigne serait purement financière. D'après le témoignage de l'agent de sécurité, la direction voulait s'assurer qu'aucun fêtard ne puisse s'éclipser sans régler sa consommation ou son droit d'entrée. « Elle avait peur que les clients partent sans payer », aurait-il expliqué aux forces de l'ordre, une phrase relayée par Midi Libre.

Cette affirmation met à mal la ligne de défense tenue jusqu'ici par le couple Moretti. Depuis le début de l'instruction, ils clament que les issues de secours, et spécifiquement la porte de service où de nombreuses victimes ont été retrouvées sans vie, devaient impérativement rester déverrouillées. Ils avaient suggéré que le blocage de cet accès relevait de l'initiative isolée d'un salarié. Pour rappel, le sinistre survenu entre le 31 décembre 2025 et le 1er janvier 2026 a fait 41 morts et plus de 115 blessés. La plupart des victimes se sont retrouvées piégées par les flammes et la fumée, bloquées derrière des portes closes.

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Des conditions de travail et de sécurité au cœur de l'enquête

L'audition de Predrag J. a également mis en lumière de graves manquements organisationnels au sein de l'établissement. Le jeune homme a admis devant les policiers n'avoir reçu « aucune formation en matière de sécurité », comme le rapporte BFMTV. Engagé comme simple « extra », sa mission se limitait théoriquement à la vérification des cartes d'identité à l'entrée. Il a d'ailleurs évoqué avec émotion la perte de son collègue Stefan, décédé dans l'incendie, qu'il considérait comme « un frère ».

Le volet administratif révèle aussi une gestion opaque. Le témoin a confessé qu'il officiait sans contrat de travail signé au moment de l'incendie. Le document devait lui être remis par Jacques Moretti le soir même, assorti d'une promesse de rémunération en espèces. Cette audition, qui pourrait être la dernière de l'instruction, risque de modifier la qualification des responsabilités pénales des propriétaires concernant la gestion de l'évacuation.

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