Bientôt une aide pour acheter des vêtements made in France plutôt que made in China ?
Ce vendredi 9 janvier, le Haut-commissariat au Plan a proposé une solution pour lutter contre la mode jetable, la fameuse fast fashion. Dans une note stratégique intitulée "Fast-fashion : un remède en trompe-l'œil au problème du pouvoir d'achat", l'organisme dirigé par Clément Beaune dévoile une batterie de mesures pour contrer l'hégémonie des géants chinois comme Shein ou Temu. Au cœur de ce dispositif figure une aide financière directe destinée aux salariés pour les inciter à mieux consommer, tout en soutenant la filière française.
Une prime sur le modèle des chèques-vacances
La mesure phare de ce rapport est la création d'un "chèque vêtement durable" ou "écochèque". Si vous êtes salarié, ce dispositif pourrait bientôt compléter vos avantages sociaux. Le principe est simple : il s'agit d'un complément de revenu d'un montant maximal de 250 euros, versé par les entreprises à leurs employés sur la base du volontariat. "Les Belges font des écochèques sur les vêtements, comme les chèques vacances" expliquait Clément Beaune dans l'émission de RMC Apolline Matin du 7 janvier.
Inspiré directement du mécanisme des chèques-vacances, ce système bénéficierait d'une exonération de charges et de cotisations sociales pour l'employeur. "Ce serait volontaire, et ce serait un complément de revenus en forme de chèque pour acheter des vêtements durables Made in Europe ou Made in France et sans charge ou cotisation pour les boîtes" a poursuivi Clément Beaune. Le but est que "l'écochèque vêtement" devienne un outil incitatif puissant, orientant votre pouvoir d'achat vers des produits fabriqués en France ou en Europe, plus respectueux de l'environnement.
Le coût par port : la vraie rentabilité
Clément Beaune souligne que si le prix facial des produits de fast-fashion est bas, leur coût réel explose à cause de leur très faible durée de vie. Selon le rapport, une robe issue de la mode jetable est portée 4 fois moins, un jean 7 fois moins et un manteau 8 fois moins qu'un produit de qualité standard.
En subventionnant l'achat de pièces durables, l'impact du chèque vêtement durable sur le pouvoir d'achat se veut positif sur le long terme : vous achetez moins souvent, mais mieux. C'est le passage du "coût à l'achat" au "coût par port" qui doit permettre aux ménages de s'y retrouver financièrement, tout en réduisant leur empreinte carbone.
Une hémorragie pour l'emploi en France
Le constat dressé par le Haut-commissariat est alarmant pour l'économie nationale. Chaque jour, 7 millions de vêtements neufs issus des plateformes chinois sont achetés dans l'Hexagone, soit 9,5 kg de textiles par habitant et par an. Cette frénésie d'achat à bas prix a des conséquences de la fast-fashion sur l'emploi en France qui sont désastreuses.
Entre 2020 et 2023, le secteur de l'habillement a subi 1 451 fermetures de magasins et la suppression de 7 724 emplois, rapporte La Charente Libre. Le modèle actuel crée une illusion de richesse immédiate tout en détruisant le tissu industriel local. Pourtant, une étude révente montre que les Français sont 90 % à craindre la fermeture des magasins de proximité...
Taxer l'import et alléger la réparation
Pour endiguer ce phénomène, le Plan ne mise pas uniquement sur les aides. Il préconise l'instauration d'une taxe massive sur la fast-fashion à l'importation dans l'Union européenne pour les produits à fort impact environnemental et social. Cette barrière douanière vise à rétablir une concurrence plus loyale face aux plateformes extra-européennes.
Parallèlement, pour encourager l'économie circulaire, le rapport suggère l'application d'une TVA réduite pour la réparation et la seconde main textile. L'idée est de rendre la remise en état d'un vêtement ou l'achat d'occasion financièrement plus attractifs que l'acquisition d'un produit neuf à très bas coût, souligne CB News.