Polémique Henry Jullien : les lunettes du président sont-elles vraiment françaises ?
Le coup de pub est magistral, mais le retour de bâton pourrait être violent. Depuis l'apparition d'Emmanuel Macron à Davos avec ces lunettes jurassiennes, les commandes pleuvent alors que l'usine de Lons-le-Saunier se vide de ses ouvriers historiques. Une situation paradoxale qui interroge la réalité industrielle derrière l'étiquette tricolore.
Un succès mondial entaché de soupçons
L'image a fait le tour des réseaux sociaux le 20 janvier 2026. Lors du Forum économique mondial, le président de la République arborait le modèle solaire Pacific S01 de la maison Henry Jullien. La conséquence ne s'est pas fait attendre : selon Info.fr, le standard de la manufacture a été saturé et les ventes ont explosé pour cet accessoire de luxe vendu 659 euros. Ce modèle repose sur une technique rare, le doublé-or laminé, véritable signature de la marque.
Mais derrière cette vitrine, le décor a changé. Fondée en 1921, l'entreprise a été rachetée en 2023 par le groupe italien Ivision Tech. Ce changement de pavillon nourrit aujourd'hui une vive controverse. D'après des informations rapportées par Acuite.fr, d'anciens salariés et syndicats accusent la direction d'avoir transféré l'essentiel de la production de l'autre côté des Alpes.
La polémique enfle autour de la monture Henry Jullien, dont la fabrication aurait été délocalisée en Italie. C'est désormais le cœur du problème : les plaignants affirment que le modèle porté par le président n'est plus produit dans le Jura depuis l'été 2024.
Des licenciements qui interrogent le savoir-faire local
Ce qui inquiète le bassin d'emploi de Lons-le-Saunier, c'est la perte sèche d'une expertise centenaire. La fabrication d'une telle monture exige jusqu'à 279 opérations manuelles. Or, les effectifs auraient fondu. Comme le souligne Le Parisien, le site est passé d'une centaine d'employés à une poignée de salariés dédiés à la production aujourd'hui. Le licenciement récent de quatre ouvrières spécialisées dans le laminage de l'or a mis le feu aux poudres.
Ces anciennes salariées ont saisi les prud'hommes, dénonçant un démantèlement de l'outil industriel. Selon leur avocat cité par la presse locale, les lunettes envoyées à l'Élysée seraient parmi les « dernières réellement fabriquées sur le site jurassien ». La direction, de son côté, maintient que des étapes comme l'assemblage ou le polissage restent effectuées sur place. C'est ici que réside toute l'ambiguïté : la marque joue-t-elle sur les mots pour conserver son aura prestige tout en produisant ailleurs ?
Le flou juridique du marquage tricolore
Pour comprendre cette bataille, il faut distinguer les étiquettes. La mention « Fabriqué en France » (ou Made in France) obéit à une règle douanière précise : celle de la « dernière transformation substantielle ». En clair, comme l'explique la douane, un produit peut revendiquer cette origine si ses dernières étapes de finition ou d'assemblage sont réalisées dans l'Hexagone, même si les composants majeurs viennent d'Italie ou d'Asie.
C'est une différence majeure avec le label Origine France Garantie (OFG). Ce dernier impose que 50 % du prix de revient unitaire soit acquis en France et que les étapes essentielles (fabrication des branches, faces, traitement de surface) soient locales. La différence label Origine France Garantie et Made in France dans la lunetterie est souvent méconnue du grand public. Dans le cas d'Henry Jullien, l'absence de certification OFG permet aux détracteurs de pointer une « confusion entretenue » par un simple marquage déclaratif, laissant planer le doute sur la véritable nationalité des lunettes présidentielles.