Produits illégaux et design addictif : Bruxelles lance une procédure formelle contre Shein
L'étau se resserre autour du géant chinois de la fast-fashion. Après des mois d'investigations préliminaires et de pressions politiques, l'exécutif européen passe à l'offensive en activant son nouvel arsenal législatif. Bruxelles reproche à la plateforme de ne pas respecter ses obligations de modération et de concevoir des interfaces potentiellement manipulatrices pour ses millions d'utilisateurs européens.
Une procédure officielle lancée ce mardi
C'est un tournant majeur dans la régulation du e-commerce international. Ce mardi 17 février 2026, la Commission européenne a annoncé l'ouverture d'une enquête formelle contre Shein. Cette décision s'inscrit dans le cadre strict du Digital Services Act (DSA), le règlement européen destiné à responsabiliser les acteurs du web.
Selon les informations rapportées par La Tribune, cette action fait suite aux nombreuses alertes lancées par les régulateurs nationaux. Les autorités françaises ont particulièrement insisté ces dernières semaines pour que Bruxelles se saisisse du dossier, inquiètes de la prolifération continue de contenus problématiques sur l'application malgré les avertissements précédents.
Des produits illégaux et dangereux dans le viseur
Désignée "Très Grande Plateforme en Ligne" (VLOP) en avril 2024, l'entreprise est soumise à des obligations renforcées de contrôle. Or, la Commission pointe aujourd'hui des "failles systémiques". Le grief le plus alarmant concerne la commercialisation de produits interdits. Le Parisien et Libération rapportent la découverte sur le site de poupées sexuelles à l'apparence enfantine, ainsi que d'armes de catégorie A. Des machettes et des coups de poing américain auraient été accessibles en quelques clics, en violation flagrante des lois nationales. Bruxelles soupçonne Shein de ne pas respecter les exigences du DSA en matière de traçabilité des vendeurs tiers et critique l'inefficacité de son mécanisme de signalement "avis et action".
L'enquête se penche également sur la santé mentale des utilisateurs. Comme le souligne FrenchWeb, le design de l'application est accusé d'être délibérément "addictif". L'utilisation intensive de techniques de "gamification" et de systèmes de récompenses agressifs pourrait nuire au bien-être physique et mental, en particulier chez les mineurs. Par ailleurs, l'opacité des algorithmes de recommandation est ciblée : la plateforme doit impérativement expliciter aux internautes pourquoi certains produits leur sont suggérés, une transparence jugée insuffisante à ce stade.
Une amende potentielle de 6 % du chiffre d'affaires
La menace financière qui pèse sur le groupe est lourde. Si les infractions au DSA sont avérées à l'issue de l'enquête, Shein risque des sanctions colossales pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires mondial annuel, précise La Tribune. Face à cette procédure, la société a rapidement réagi, déclarant vouloir "collaborer pleinement" avec les autorités européennes pour répondre aux demandes d'informations et se mettre en conformité.
Pour les consommateurs, cette offensive réglementaire vise une amélioration immédiate de la sécurité. Le DSA impose le retrait rapide des produits illégaux signalés et une vérification stricte de l'identité des vendeurs. Toutefois, CaféTech rappelle que la vigilance reste de mise lors des achats sur ces marketplaces. L'affaire Shein illustre la volonté de l'UE d'utiliser désormais son "arsenal répressif" pour contraindre les géants du numérique à respecter les normes européennes.
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