Fin du "steak végétal" ? Bruxelles met le dossier en pause face à la polémique
La guerre des étiquettes dans nos supermarchés ne fait que commencer. Alors que les consommateurs s'habituent aux alternatives sans viande, l'Union européenne tente de réguler leurs appellations au nom de la transparence. Mais ce dossier explosif divise profondément les institutions et l'industrie agroalimentaire, laissant planer le doute sur l'avenir de vos rayons favoris.
Un dialogue européen au point mort
Le bras de fer institutionnel vient de marquer une pause inattendue. La négociation tripartite entre le Parlement européen, le Conseil de l'Union européenne (les États membres) et la Commission a échoué à trouver un terrain d'entente en décembre 2025. Selon Libération, les discussions sont officiellement repoussées à 2026, offrant un répit temporaire aux industriels du secteur végétal qui craignaient une application immédiate des restrictions.
Ce blocage contraste avec la volonté affichée par les eurodéputés quelques mois plus tôt. Le 8 octobre 2025, le Parlement adoptait l'interdiction des termes carnés pour les produits végétaux par 355 voix contre 247. Pour les partisans de la mesure, la motivation est la protection du consommateur. Céline Imart, députée du PPE, déclarait alors qu'il s'agit de "transparence et de clarté pour le consommateur et de reconnaissance pour le travail de nos éleveurs", comme le rapporte La Croix.
Une bataille sémantique et économique
L'argument de la tromperie du consommateur ne passe pas auprès des défenseurs du végétal. Pour les ONG et les associations de consommateurs, c'est un faux débat. Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) affirme que "près de 70 % des consommateurs européens comprennent ces noms" tant que l'étiquetage mentionne clairement le caractère végan ou végétarien. De plus, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) estime déjà que la réglementation actuelle protège suffisamment contre les étiquetages mensongers.
Derrière la sémantique se cache un enjeu économique majeur. L'interdiction est perçue par Vert et Info Beaune comme une manœuvre du lobby de la viande pour freiner des concurrents innovants. Les termes comme "burger" ou "saucisse" servent de repères indispensables pour indiquer le goût et le mode de préparation, facilitant ainsi la transition vers une alimentation durable. L'Europe, premier marché mondial pour ces alternatives, risque de voir son dynamisme brisé.
Face à cette menace, la mobilisation s'intensifie. Des marques comme HappyVore ou InterVeg, soutenues par une pétition massive, font front commun. La grande distribution s'inquiète également. Selon Points de Vente, des enseignes comme Aldi et Lidl préviennent que la suppression de ces termes familiers rendrait la vente de ces produits "beaucoup plus difficile".
Vers un casse-tête pour le consommateur
Si l'interdiction venait à être validée en 2026, l'impact dans les rayons serait immédiat. Les fabricants devraient renommer leurs produits : le "burger végétal" pourrait devenir une "galette végétale" ou un "disque de protéines", sur le modèle des "boissons d'avoine" qui ont remplacé le "lait d'avoine". Pour VeganFTA, le risque est de complexifier le choix des clients qui cherchent pourtant activement à réduire leur consommation de viande.
Cependant, un précédent juridique récent fragilise la position du Parlement. En France, le Conseil d'État a annulé les décrets interdisant les appellations comme "steak de soja" le 28 janvier 2025. La haute juridiction administrative a suivi l'avis de la CJUE, estimant que les États membres ne peuvent imposer leurs propres interdictions si l'Europe n'a pas légiféré de manière harmonisée. Comme le souligne le Conseil d'État, cette décision pourrait peser lourd dans les négociations à venir, rappelant que le droit européen actuel autorise, pour l'instant, ces dénominations.