Difficulté à boucler les fins de mois, pensions de retraite trop faibles… De plus en plus de Français souffrent d'un certain déclassement. Ils pensaient appartenir à la classe moyenne et s'inquiètent aujourd'hui de leur avenir. Peut-être parce que la moyennisation de la population n'a plus vraiment court.
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"On a fait une croix sur les vêtements neufs pour les gamins, on récupère tout de la famille", explique, dans les colonnes du Parisien, un père qui se sent désormais déclassé. "Pour les courses, c’est essentiellement chez Lidl ou alors des marques distributeurs" poursuit-il. Comme tant d’autres Français, il constate une réduction de son pouvoir d’achat. Certains assurent "ne plus vivre aussi bien qu’avant", alors même qu’ils bénéficient d’un revenu de 4 000 euros net par mois, note le quotidien.

Ces ménages qui sont désormais contraints de se serrer la ceinture, on les appelle les "décrocheurs", indique La Dépêche. Et, à en croire une récente étude de l’institut Ifop, leur nombre serait plus que croissant. En effet, entre 2008 et 2019, le nombre de Françaises et de Français déclarant appartenir à la classe moyenne est passé de 70 à 58%. Celles et ceux qui s’estiment "modestes" sont en revanche passés de 23 à 38%. "Les dépenses contraintes, logement en tête, n’ayant cessé de progresser, le reste à vivre est de plus en plus restreint", analyse pour Aujourd’hui en France la sociologue Pascale Hébel du Crédoc.

Mais à quoi correspond concrètement cette classe moyenne dont plus de la moitié des Français se revendiquent encore ? Existe-t-elle réellement, d’un point de vue sociologique ou économique ? Le sujet fait débat, à en croire Libération pour qui "le concept n’est pas clairement défini". 

La classe moyenne existe-t-elle réellement ?

"Sur le plan purement économique, il est possible de définir la classe moyenne selon des seuils monétaires. Un célibataire gagnant environ 1245 euros mensuels sera considéré par l’Observatoire des inégalités comme précaire. S’il touche entre 1245 et 2445 environ, il appartiendra en revanche à ce groupe social qu’on désigne comme moyen", explique pour Planet Frédéric Farah, économiste affilié au PHARE, enseignant-chercheur à l’université Panthéon-Sorbonne et généralement rangé à gauche. "C’est un peu le groupe social qui n’est plus populaire, mais pas encore supérieur. Mais une fois que l’on a dit ça, on a rien dit", poursuit-il.

À l’inverse, s’il fallait se pencher sur l’aspect sociologique uniquement, le chercheur envisage une autre définition : "La classe moyenne n’est pas uniforme. Elle est composée d’un volet dit ‘supérieur’, qui représente une partie des cadres, d’un autre dit ‘intermédiaire’ où l’on retrouve les professions intermédiaires et enfin d’une branche ‘inférieure’, alimentée par une partie des employés", détaille l’enseignant. "Elle est donc à cheval sur 3 CSP déjà bien renseignées."

Des définitions partielles et dont il ne faut pas oublier le caractère très mouvant, insiste-t-il. "La classe moyenne d’hier n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui, parce que le processus de moyennisation ne fonctionne plus de la même façon… Si tant est qu’il fonctionne encore de nos jours", assène en effet le professeur. "Aujourd’hui, d’un point de vue objectif, la réalité économique et sociologique de cette classe est sujette à caution", estime-t-il.

Ce qui ne signifie pas pour autant que tous les ménages qui déclarent en faire partie soient nécessairement dans le faux. "Il faut bien comprendre que, en sociologie, l’appartenance objective pèse moins que l’identification personnelle. C’est bien ce sentiment d’appartenance que l’on prend pour référence et qui peut suffire à créer une cohésion de classe", souligne l’économiste.

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