Les infirmiers et infirmières libéraux peuvent enfin diagnostiquer et prescrire
Le Journal officiel a acté, vendredi 26 décembre 2025, une évolution majeure pour l’accès aux soins en France. Avec la publication du décret n° 2025-1306, daté du 24 décembre, la profession d’infirmier diplômé d’État franchit un cap décisif vers plus d’autonomie. Longtemps attendue par la profession, cette mesure concrétise la "loi infirmière" votée en juin dernier.
Un "cadeau de Noël" pour les Français
Sur RMC Story, Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers, a réagi : "Ce décret, c'est un cadeau de Noël pour l'ensemble des Français parce que ça va fluidifier le parcours de soins." Sur RMC cette fois, il déplorait qu'auparavant, les infirmiers et surtout les infirmières libérales (elles sont 140 000) devait envoyer les patients chez un médecin "pour attester ce qu'on avait vu (c'était) une aberration."
Une reconnaissance officielle du diagnostic infirmier
Ce texte marque une rupture avec l'ancien modèle où le professionnel paramédical était souvent perçu comme un simple exécutant technique. Désormais, le nouveau décret sur les missions des infirmiers diplômés d'État reconnaît juridiquement la notion de "consultation infirmière". Concrètement, cela signifie que votre infirmier a toute légitimité pour réaliser un raisonnement clinique complet.
Il est désormais habilité à poser un diagnostic infirmier propre : il évalue votre état de santé, analyse vos antécédents et identifie vos besoins sans attendre systématiquement l'instruction d'un docteur. Comme le rapporte Le Figaro, cette autonomie s'applique aussi bien à l'hôpital qu'en cabinet libéral, permettant aux soignants de prendre en charge directement les patients pour des actes de prévention, d'éducation thérapeutique ou de surveillance clinique, sans passer par la case généraliste au préalable.
Thierry Amouroux, toujours au micro de RMC, précise : "Si on constate un ulcère de la jambe, on va pouvoir intervenir directement alors que jusqu'à aujourd'hui, il fallait passer par une consultation médicale. On ne va pas faire de diagnostics sur de grosses pathologies, on est là pour des problèmes de santé qui correspondent à ce que l'on sait faire."
Se faire vacciner sans passer par le médecin
C'est l'aspect le plus immédiat et le plus pratique pour les patients : la simplification drastique de l'accès aux vaccins. Le texte autorise officiellement la vaccination par l'infirmier sans médecin pour une très large partie de la population, levant un frein majeur à la couverture vaccinale. En pratique, vous n'avez plus besoin de présenter une prescription médicale pour les vaccins obligatoires si vous êtes âgé de 11 ans et plus (sauf pour les personnes immunodéprimées).
Pour la grippe saisonnière et le Covid-19, l'accès est encore plus large, ouvert dès l'âge de 5 ans. Cette forme de consultation infirmière sans ordonnance a pour objectif de désengorger les cabinets médicaux saturés et de faciliter les démarches de proximité, une avancée dont l'Ordre national des infirmiers s'est félicité dès la parution du texte.
Des prescriptions autorisées dès l'été 2026
Si l'autonomie est actée, tout n'est pas encore opérationnel concernant la délivrance de médicaments. Le droit de prescription autonome pour les infirmiers est inscrit dans le marbre par le décret, mais la liste précise des produits de santé concernés (certains dispositifs médicaux, pansements spécifiques, examens de biologie) reste à définir avec précision.
Il faudra patienter quelques mois pour voir toutes les conséquences de la loi infirmière du 27 juin 2025 s'appliquer pleinement sur ce volet. Le décret fixe en effet une date butoir impérative : le calendrier et l'arrêté ministériel sur la prescription infirmier de 2026 devront être publiés au plus tard le 30 juin 2026. D'ici là, cette montée en compétence promet de transformer durablement l'accès aux soins, particulièrement dans les zones où les médecins manquent.