Royaume-Uni : l'immigration divisée par deux après le tour de vis du gouvernement
L'Office for National Statistics (ONS) vient de livrer son verdict sur l'efficacité des mesures migratoires britanniques. En l'espace de douze mois, le paysage démographique a radicalement changé, marquant un tournant décisif pour l'économie du pays. Cette baisse drastique, orchestrée par un durcissement législatif sans précédent, soulève désormais des inquiétudes quant à la pérennité de certains secteurs clés.
Une chute historique confirmée par l'ONS
L'Office for National Statistics (ONS) rapporte une dégringolade de la migration nette de près de 50 %. Les chiffres arrêtés en décembre 2024 montrent un passage de 860 000 arrivées nettes en 2023 à seulement 431 000 en 2024. Il s'agit, selon l'organisme, de la plus forte baisse numérique jamais enregistrée outre-Manche. En pourcentage, ce recul est comparable à l'effondrement observé durant la pandémie de Covid-19.
Cette dynamique s'explique principalement par la diminution des arrivées pour le travail et les études. Le rapport pointe une réduction massive du nombre de personnes à charge accompagnant les étudiants et les travailleurs du secteur des soins, directement visés par la nouvelle politique.
Des restrictions drastiques appliquées dès le printemps
Cette tendance résulte de trois mesures strictes entrées en vigueur au printemps 2024. D'abord, depuis le 4 avril, le gouvernement a relevé le seuil salarial pour obtenir un visa de travailleur qualifié (Skilled Worker Visa). Le minimum requis a bondi de 26 200 £ à 38 700 £ pour les nouveaux arrivants. Si les travailleurs du secteur de la santé et des soins (Health and Care Workers) bénéficient d'une exemption, leur seuil a tout de même augmenté, passant de 26 200 £ à 29 000 £.
Parallèlement, le 11 mars 2024 a marqué la fin du regroupement familial pour certaines catégories. Les travailleurs sociaux n'ont plus le droit d'être accompagnés de leur partenaire ou de leurs enfants. Des restrictions similaires frappent les étudiants de troisième cycle, interdisant à la plupart d'entre eux de faire venir leur famille. Enfin, l'exécutif a remplacé la Shortage Occupation List (SOL) par une Immigration Salary List (ISL) plus courte, réduisant le nombre de postes éligibles à un visa à seuil salarial réduit.
Un coût économique redouté similaire au Brexit
L'impact de cette politique pourrait s'aggraver. Le professeur Brian Bell, président du Migration Advisory Committee et conseiller indépendant du gouvernement, anticipe une chute continue, avec un solde migratoire pouvant atteindre 200 000 dès 2026. Certains analystes évoquent même un scénario de solde nul, voire négatif, d'ici la fin de cette même année.
Sur le plan financier, les perspectives assombrissent le tableau. Une étude du National Institute of Economic and Social Research (NIESR), publiée en février 2026, estime qu'un scénario de zéro migration nette entraînerait une perte de 3,6 % du revenu national annuel du Royaume-Uni d'ici 2040. Ce manque à gagner creuserait le déficit budgétaire de 37 milliards de livres.
Cette pénurie de main-d'œuvre menace de paralyser des secteurs dépendants comme l'hôtellerie, la vente au détail et les soins. Toutefois, l'impact économique immédiat reste perçu comme relativement faible à court terme, car les groupes concernés (familles et étudiants) ne sont pas les plus gros contributeurs fiscaux.
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