Plein emploi en 2027 : pourquoi le pari du gouvernement semble désormais perdu
Les derniers indicateurs économiques pour le quatrième trimestre 2025 dressent un tableau préoccupant du marché du travail hexagonal. Après plusieurs années de dynamisme post-Covid, la machine semble s'enrayer durablement, remettant en question les promesses de l'exécutif pour l'horizon 2027 et inquiétant particulièrement les demandeurs d'emploi les plus âgés.
Une fin d'embellie marquée par une hausse brutale
Les chiffres ne laissent que peu de place au doute quant au refroidissement du marché. Selon le dernier communiqué publié par l'Insee, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) a atteint 7,9 % de la population active au quatrième trimestre 2025, soit une augmentation notable de 0,2 point en seulement trois mois. Cette dégradation statistique est corroborée par les données de terrain.
La Dares rapporte en effet une augmentation significative des demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A (sans aucune activité) auprès de France Travail. Sur les douze derniers mois, ce sont près de 117 000 personnes supplémentaires qui ont rejoint les listes, marquant une rupture nette avec la tendance observée entre 2017 et 2023. Cette période, caractérisée par une baisse quasi ininterrompue du chômage, semble désormais révolue, laissant place à une conjoncture beaucoup plus incertaine pour les salariés français.
L'objectif des 5 % jugé hors d'atteinte par les experts
Face à ces résultats, la promesse phare du gouvernement d'atteindre le plein emploi d'ici la fin du quinquennat vacille. Les dernières projections de la Banque de France, publiées pour le début d'année 2026, anticipent désormais un taux de chômage stagnant autour de 7,4 % fin 2027, bien loin de la cible symbolique des 5 %. Pour de nombreux observateurs, le pari est perdu.
Selon un économiste de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), l'objectif est aujourd'hui considéré comme « hors d'atteinte » compte tenu des vents contraires macroéconomiques. L'analyse conjoncturelle partagée par l'OCDE pointe le ralentissement économique comme cause principale : la persistance de l'inflation a pesé sur la demande et la consommation des ménages, tandis que la faible croissance mondiale freine mécaniquement les carnets de commandes des entreprises et, par ricochet, les créations de postes.
Les seniors pénalisés par les rigidités structurelles
Ce retournement de cycle frappe de plein fouet les travailleurs les plus expérimentés. D'après les statistiques détaillées de la Dares, les seniors (50-64 ans) constituent la catégorie la plus vulnérable face à ce ralentissement, peinant davantage à retrouver un poste après un licenciement. Le spectre du chômage de longue durée s'installe à nouveau pour cette tranche d'âge.
Malgré les réformes successives, notamment la loi « marché du travail » et la transformation de Pôle emploi en France Travail, des freins persistent. Un récent rapport parlementaire souligne les rigidités structurelles qui bloquent l'emploi des seniors, citant une formation continue souvent inadaptée aux besoins réels des entreprises et un manque de mobilité professionnelle. De son côté, le ministère du Travail tente de rassurer. Dans une récente intervention, l'exécutif a réaffirmé sa volonté de maintenir le cap, promettant le déploiement de nouveaux outils, tels que l'ajustement de l'index seniors, pour inciter les entreprises à conserver leurs salariés âgés malgré la morosité ambiante.
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