Assurance chômage : la CPME propose la dégressivité pour tous, des négociations sous haute tension
Alors que l'exécutif réclame 400 millions d'euros d'économies immédiates, le patronat a décidé de placer la barre beaucoup plus haut, visant le milliard d'euros. Au cœur des débats : une remise à plat totale des règles d'indemnisation et un tour de vis sur les ruptures conventionnelles.
Une séance décisive pour les comptes de l'Unédic
Le calendrier s'accélère brutalement pour les syndicats et le patronat. Réunis ce mercredi 11 février 2026, les négociateurs savent que l'horloge tourne : ils ont moins de deux semaines pour sceller un accord. L'urgence est dictée par la demande du gouvernement de réaliser 400 millions d'euros d'économies sur le régime.
Mais la partie patronale, emmenée notamment par la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises), ne compte pas s'arrêter à ce plancher. L'ambition affichée est de dégager des marges de manœuvre bien plus importantes, atteignant le milliard d'euros, quitte à bousculer les lignes rouges fixées par les syndicats de salariés.
La fin des droits pleins pour tous les chômeurs ?
C'est la proposition choc mise sur la table par la CPME : généraliser la baisse des allocations dans le temps. Actuellement, ce mécanisme de dégressivité ne s'applique qu'aux allocataires percevant des revenus élevés. Seuls ceux touchant au moins 4 939,67 euros bruts par mois voient leur indemnisation amputée de 30 % après le sixième mois.
La confédération patronale souhaite désormais que cette règle frappe l'ensemble des chômeurs, sans distinction de revenus. Une mesure radicale qui transformerait la nature même de l'assurance chômage pour les revenus moyens et modestes, jusqu'ici protégés de cette érosion rapide de leurs droits.
Une ligne de fracture syndicale
Cette offensive patronale divise profondément les représentants des salariés. La CFE-CGC, qui défend les cadres, ne s'oppose pas frontalement à l'élargissement du dispositif. Le syndicat y voit un moyen de « ne pas stigmatiser » uniquement les hauts revenus, qui portent seuls l'effort actuellement.
La position est tout autre du côté de la CFDT. La centrale juge que l'extension à tous les demandeurs d'emploi « va trop loin ». Elle laisse cependant une porte entrouverte : la mesure pourrait s'envisager spécifiquement pour les salariés partant via une rupture conventionnelle. L'ambiance reste explosive avec la CGT, qui a accusé début janvier le patronat de vouloir « bordéliser délibérément les négociations » en cherchant à tout réécrire.
Les ruptures conventionnelles dans le collimateur
Outre la dégressivité, les ruptures conventionnelles cristallisent les tensions. Le gouvernement pointe régulièrement les « abus » de ce dispositif permettant de quitter un CDI à l'amiable tout en touchant le chômage. Selon les chiffres de l'Unédic pour 2024, ces ruptures représentent désormais 26 % des allocations versées, pour un coût total de 9,4 milliards d'euros.
L'explosion du nombre de cas est spectaculaire : on est passé de 40 000 ruptures en 2008 à 514 000 en 2024. Pour endiguer ce flux, le patronat avance plusieurs pistes sévères : renforcer les contrôles sur la recherche d'emploi post-rupture, imposer un délai de carence avant de toucher le premier euro, ou encore interdire le cumul de deux ruptures sur une période donnée.
Une course contre la montre face à l'État
L'échéance de fin février 2026 agit comme une épée de Damoclès. Si les partenaires sociaux échouent à s'entendre sur ces économies, le gouvernement reprendra la main. L'exécutif pourrait alors imposer par décret les règles nécessaires pour récupérer les 400 millions d'euros budgétés.
Pour les demandeurs d'emploi, l'issue de ces tractations aura un impact financier direct. L'application d'une dégressivité généralisée signifierait une baisse mécanique des revenus de remplacement dès le septième mois de chômage. Une perspective qui vise, selon ses promoteurs, à inciter au retour à l'emploi, mais qui risque de fragiliser davantage les foyers privés d'activité.
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