Recensement 2026 : pourquoi la question 7 fait polémique ?
Alors que les agents recenseurs arpentent les rues de 8 000 communes depuis la mi-janvier, une interrogation spécifique du bulletin individuel cristallise les critiques. L'Insee défend un outil statistique nécessaire pour comprendre la société, mais la méfiance grandit face à ce que certains qualifient de fichage ethnique déguisé, dans un climat général de suspicion sur l'utilisation des données personnelles.
Une collecte sous haute tension
Depuis le 15 janvier 2026, la campagne annuelle bat son plein et durera jusqu'en mars. Si la procédure est habituelle, le contenu du formulaire l'est moins pour une partie des Français. Au cœur des débats : la question 7, qui demande aux personnes recensées le lieu de naissance de leurs parents, spécifiquement s'ils sont nés à l'étranger. Il est important de noter que cette mention est légalement facultative.
Cette précision n'a pas suffi à apaiser la colère d'une coalition d'organisations, incluant la LDH, la CGT ou encore le MRAP. Ces structures appellent au boycott pur et simple de cette interrogation. Elles jugent la démarche « dangereuse » et « inutile », craignant l'instauration de statistiques ethniques. Selon leur communiqué commun, ces organisations « refusent que, dans le recensement, chacune et chacun d'entre nous soit défini-e par le lieu de naissance de ses parents », y voyant les prémices de politiques discriminatoires.
L'Insee défend une utilité scientifique
Face à la fronde, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) maintient sa ligne. L'institution argue que cette donnée est indispensable pour « rendre compte de la diversité de la population » et documenter précisément les inégalités sociales liées aux origines. Ces informations visent à affiner l'analyse de la ségrégation spatiale et des mobilités résidentielles sur plusieurs générations.
Cependant, un paradoxe politique subsiste. Lors de l'introduction de cette demande en 2025, l'ancien ministre de l'Intérieur avait assuré ne pas vouloir de « discrimination positive », tout en souhaitant mieux suivre les « mouvements migratoires ». Cette ambivalence pèse sur la confiance du public. Rappelons que des sanctions sont prévues en cas de refus de répondre aux questionnaires de recensement en vertu de l’article 3 de la loi n° 51-711 du 7 juin 1951, « les personnes sont tenues de répondre, avec exactitude et dans les délais fixés, aux enquêtes statistiques rendues obligatoires ».
La crainte grandissante d'un État indiscret
Cette polémique sur le recensement n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans un paysage où la collecte de données personnelles par un État jugé intrusif inquiète de plus en plus. Le parallèle est frappant avec l'actualité numérique récente, notamment l'adoption fin janvier par l'Assemblée nationale de la proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Pour appliquer cette mesure, la vérification d'âge sur les réseaux sociaux et RGPD deviennent des enjeux centraux. Les plateformes devront recourir à des tiers de confiance exigeant souvent des scans d'identité ou une vérification faciale biométrique. Tout comme pour la question sur l'origine, le citoyen se retrouve pris en étau : d'un côté, un impératif de sécurité ou de statistique publique ; de l'autre, la peur légitime du piratage et du profilage de masse. En 2026, qu'il s'agisse de déclarer d'où l'on vient ou de prouver son âge pour surfer, la protection de la vie privée reste une bataille quotidienne.
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