Fin de l'anonymat en ligne : l'offensive contre les VPN menace-t-elle la confidentialité de tous ?

Publié par Stéphane Leduc
le 31/01/2026
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Suite au vote de l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, la ministre du Numérique cible désormais les VPN, risquant d'imposer un contrôle d'identité généralisé à tous les internautes.

L'Assemblée nationale a tranché ce lundi 27 janvier 2026 : l'accès aux plateformes sociales sera interdit aux moins de 15 ans dès la rentrée prochaine. Mais cette barrière législative se heurte déjà à une réalité technique. Consciente que les jeunes utilisateurs maîtriseront rapidement les outils de contournement, la ministre Anne Le Hénanff ouvre un nouveau dossier brûlant qui pourrait redéfinir les libertés numériques en France.

Une déclaration de guerre aux outils d'anonymat

La faille est identifiée : les Réseaux Privés Virtuels (VPN), qui masquent la localisation et l'identité, permettent de simuler une connexion depuis l'étranger pour outrepasser les blocages. Face à ce constat, la réponse de l'exécutif n'a pas tardé. Invitée sur Franceinfo le 30 janvier 2026, la ministre déléguée chargée du Numérique a prévenu : "Les VPN, c'est le prochain sujet sur ma liste". Cette annonce confirme la volonté de l'État de ne laisser aucune zone d'ombre dans l'application de la loi, quitte à s'attaquer à des technologies de chiffrement répandues.

Le modèle britannique comme source d'inspiration

La France semble emboîter le pas au Royaume-Uni. À Londres, la Chambre des lords a voté le 21 janvier 2026 un amendement au Children's Wellbeing and Schools Bill. Ce texte prévoit d'interdire l'usage de ces logiciels aux moins de 18 ans et contraint les fournisseurs à instaurer une vérification d'âge stricte. Une réglementation des VPN par le gouvernement français pourrait donc calquer ce dispositif restrictif pour empêcher les mineurs de passer entre les mailles du filet.

La vérification d'âge : un défi technique et éthique

Pour bloquer l'accès aux mineurs, l'interdiction pure et simple des VPN semble impossible techniquement. La seule voie praticable reste l'identification de l'utilisateur. La CNIL recommande depuis plusieurs années l'usage d'un "tiers de confiance indépendant". Ce système permettrait à un opérateur certifié de valider l'âge de l'internaute sans transmettre ses données d'identité directement aux sites visités ou aux fournisseurs de VPN, tentant ainsi de préserver un semblant de vie privée.

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Vers un fichage généralisé de la population ?

C'est ici que le bât blesse. Pour que le dispositif soit efficace, il ne peut se limiter aux seuls mineurs. En effet, pour prouver qu'il n'est pas un enfant, chaque adulte devra se soumettre à cette vérification d'âge sur les réseaux sociaux en France et potentiellement sur les VPN. Cela instaurerait une "société de l'autorisation préalable", où l'anonymat disparaît au profit d'un "pass" numérique obligatoire. Les interrogations s'accumulent quant à la sécurité des bases de données de ces tiers de confiance et aux risques de piratage massif de ces fichiers sensibles.

Télétravail et sécurité des entreprises menacés

Cette offensive ignore souvent la fonction première de ces outils. L'utilisation légitime d'un VPN pour la sécurité professionnelle est quotidienne : ils permettent aux salariés de chiffrer leurs données lorsqu'ils se connectent aux serveurs de l'entreprise depuis un réseau Wi-Fi public ou leur domicile. Une régulation trop lourde pourrait fragiliser ces tunnels sécurisés et exposer les données sensibles des sociétés françaises à l'espionnage industriel ou au vol de données.

Un risque de dérive autoritaire

Les spécialistes du secteur tirent la sonnette d'alarme. Sur Clubic, l'expert en cybersécurité Clément Domingo qualifie cette idée d'"hyper dangereuse". Selon lui, restreindre ces outils relève d'une logique autoritaire, comparable aux méthodes employées par des régimes comme la Chine ou la Russie pour contrôler l'information. Pire, cette mesure pourrait être contre-productive : en bloquant les acteurs sérieux, l'État risque de pousser les utilisateurs vers des VPN obscurs basés à l'étranger, qui revendent les données personnelles au lieu de les protéger.

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